Le Procureur de la CPI déclare : « Ahmad Harun est un fugitif »

Redaction

Cpi, 26 Avril 2008

Le 27 avril 2007, voilà un an, la Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale a délivré des mandats d’arrêt comportant 51 chefs d’accusation de crimes contre l’humanité and de crimes de guerre à l’encontre d’Ahmad Harun, ancien Ministre d’État chargé de l’intérieur du Soudan, et d’Ali Kushayb, un chef de milice/Janjaouid.

Les éléments de preuve collectés depuis deux ans auprès de sources diverses démontrent qu’Ahmad Harun a financé et armé la milice/Janjaouid et l’a incitée à attaquer des villages au Darfour en 2003-2004, tuant des civils qui ne participaient à aucun conflit, et qu’Ali Kushayb a dirigé les attaques. Ils ont chassé des millions de personnes de leur foyer et les ont contraints à se réfugier dans des camps.

Aucune procédure nationale relative à ces crimes n’est engagée au Soudan. « Il y a cinq ans, des attaques sauvages et massives, des viols et des tortures ont été commis contre des citoyens soudanais, leur propre gouvernement a tout promis et n’a rien fait », a indiqué le Procureur.

La Cour a transmis les mandats d’arrêt au Gouvernement soudanais le 16 juin 2007. Le Gouvernement soudanais n’a pas répondu, il ne coopère pas. Le Gouvernement soudanais ne s’est pas conformé à la résolution 1593 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Un an après la délivrance des mandats, Ahmad Harun et Ali Kushayb sont toujours en liberté au Soudan. Aujourd’hui, Ahmad Harun est Ministre d’État chargé des affaires humanitaires. « Il a attaqué des Soudanais, des compatriotes, ceux qu’il a juré de protéger en tant que ministre ; c’est un ministre inculpé, c’est un fugitif » a déclaré le Procureur, tout en ajoutant « il finira devant la Cour ».

Aujourd’hui, au Darfour, deux millions et demi de personnes déplacées dans des camps subissent des attaques ; des femmes sont violées, des chefs sont éliminés. « Les crimes sont méticuleusement organisés. La misère est organisée. L’insécurité est organisée. Notre deuxième enquête se focalise sur la mobilisation de l’appareil d’état pour planifier, commettre et dissimuler les crimes. Le 5 juin, je rendrai compte au Conseil de sécurité des Nations Unies des progrès accomplis dans le cadre de mon enquête. Puis, j’irai devant les juges pour présenter mes éléments de preuve se rapportant aux personnes qui portent aujourd’hui la responsabilité la plus lourde pour les attaques actuelles lancées contre des civils, aux personnes qui maintiennent Harun à un poste qui lui permet de commettre ces crimes, aux personnes qui lui donnent des instructions et à d’autres, » a déclaré le Procureur.

Aujourd’hui, il a ajouté : « J’exhorte la communauté internationale à envoyer un message fort et unanime au Gouvernement soudanais pour demander l’exécution des mandats d’arrêt. Le Gouvernement soudanais, en tant qu’État territorial, est responsable d’agir en conséquence. Il peut, il doit désormais remettre les deux criminels inculpés et briser le système de violences et d’impunité qui sévit au Darfour ».