George Clooney et Elie Wiesel lancent un appel pour une intervention au Darfour sans attendre le consentement du Soudan

Onu

Onu, 14 Septembre 2006

L'acteur américain George Clooney et l'écrivain prix Nobel de la paix Elie Wiesel ont lancé aujourd'hui devant le Conseil de sécurité un appel pour une intervention de la communauté internationale au Darfour, sans attendre le consentement du Soudan, alors que la région est au bord d'une nouvelle catastrophe humanitaire.

« N'attendez pas l'invitation ou le consentement du Soudan. S'il le donne tant mieux. Si non, allez-y quand même. Les criminels tortionnaires et les assassins n'attendent pas. Arrêtez-les. C'est que vous demande la Charte de Nations Unies. Intervenir. Sauver des vies », a déclaré Elie Wiesel, accompagné de Georges Clooney, lors d'une réunion informelle du Conseil de sécurité, organisée à l'initiative de l'ambassadeur des Etats-Unis John Bolton.
« Il y a une solution humaine à une tragédie humaine », a rappelé le prix Nobel, demandant aux membres du Conseil de se souvenir du Rwanda et des 600 000 à 800 000 êtres humains qui ont été tués.

« Et nous savons maintenant qu'ils auraient pu être sauvés et qu'ils ne l'ont pas été », a-t-il ajouté.
« La catastrophe humaine au Darfour a été déjà dénoncée par des gouvernements et des organisations non gouvernementales. Tout le monde sait ce qui se passe », a poursuivi Elie Wiesel.
« Au Rwanda, l'ONU savait mais l'ONU n'a rien fait. Le Soudan peut restaurer l'honneur des Nations Unies », a-t-il lancé.
« Faites non pas ce qui est possible mais ce qui est impératif pour sauver le Darfour. Une intervention pour sauver des vies humaines doit être votre priorité », a-t-il insisté.

« Alors que nous discutons ici, Monsieur l'ambassadeur de France, les gens meurent dans la honte et l'humiliation », a-t-il déploré.
« Est-ce que le Conseil de sécurité a vraiment conscience que ce qui se passe au Darfour est une tragédie ? Est-ce qu'après le Rwanda nous sommes à la hauteur ? Est-ce que les populations replongent dans l'enfer d'il y a quelques années ? Est-ce que cette situation présente des risques au-delà du Darfour ? Est-ce que les crimes commis sont passibles de la justice internationale ? » : le représentant de la France, Jean-Marc de la Sablière, a répondu à Elie Wiesel par une série de questions.
« Comment réagit le Conseil alors qu'il y a tout juste un an les chefs d'Etats ont déclaré qu'ils avaient une responsabilité de protéger les populations lorsque les gouvernements ne les protégeaient pas ? », s'est encore demandé l'ambassadeur de la France.

« Est-ce que le Conseil a réagit ? Oui mais avec retard. Il a réagi à l'appel de Kofi Annan qui nous a constamment mis face à nos responsabilités. Il a apporté une large contribution au soutien qui a été donné à l'Union africaine (UA). Le Conseil a récemment décidé qu'il fallait envoyer une force internationale. La décision est prise. La planification est en cours », a affirmé Jean-Marc de la Sablière.
L'ambassadeur faisait référence à la résolution 1706 du Conseil de sécurité adoptée fin août, qui autorise le déploiement dans la région du Darfour d'une force des Nations Unies, qui pourra compter jusqu'à 17 300 soldats et qui sera chargée de relayer la mission de l'UA, pour soutenir l'application de l'accord de paix signé en mai, invitant le gouvernement du Soudan à consentir à un tel déploiement. Cette résolution, parrainée notamment par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, a été adoptée par 12 voix pour et 3 abstentions - Chine, Russie, Qatar.

« Pourquoi cette force n'est pas encore déployée ? Parce que nous n'avons pas le consentement du gouvernement soudanais », a poursuivi aujourd'hui le représentant de la France.
« Est-ce que la communauté internationale va forcer les choses ? Est-ce que face à une tragédie de ce type la communauté internationale doit passer outre le consentement sur un territoire qui est considérable ? Est-ce qu'il est imaginable que quelques dizaines de milliers d'hommes arrivent sur un territoire énorme contre l'accord d'un gouvernement ? La réponse est non. On ne peut pas forcer les choses », a-t-il encore affirmé.

« Donc il faut obtenir le consentement du gouvernement soudanais. Le gouvernement soudanais doit comprendre qu'il doit consentir. C'est ce que lui disent les pays africains et la communauté internationale. C'est indispensable pour les populations, la stabilité du Soudan et de la région. Il faut donc persuader le gouvernement soudanais », a-t-il conclu.
« Aujourd'hui, nous voyons les autorités soudanaises se dérober derrière le paravent de la souveraineté et du consentement nécessaire », a enchaîné l'ambassadeur du Ghana, Nana Effah Apenteng.

Le représentant ghanéen a rappelé qu'outre le principe de responsabilité de protéger consacré en droit international par les Nations Unies, l'article 4 de la constitution de l'UA était très clair sur le fait « qu'aucun régime ne peut se dérober derrière le concept de souveraineté pour décimer sa population sans être tenu pour responsable ».
« L'UA a le droit d'intervenir dans tout Etat membre lorsqu'il est raisonnable de penser que des actes de génocide, de crime contre l'humanité, de crimes de guerre ont lieu, et il ne parle pas de consentement », a-t-il insisté.
« Donc vraiment ceux qui parlent de consentement sont vraiment déconnectés des réalités sur le terrain en Afrique », a-t-il ajouté.

« Nous espérons que le gouvernement soudanais donnera son consentement, mais nous ne pensons pas que la résolution 1706 avait pour but de donner au gouvernement soudanais 50 ans pour se déterminer ». « Il doit y avoir une limite raisonnable dans le temps. Après cela, l'UA devra avancer », a ?t-il poursuivi.

« Ce qui est si surprenant à propos du Darfour est que le gouvernement est disposé à accepter le déploiement d'une mission des Nations Unies [la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS) déployée au Sud-Soudan] dans une région du pays où il n'y a pas à proprement parler de catastrophe humanitaire mais réticent à ouvrir les portes d'une autre région où il y a une telle catastrophe », a-t-il relevé.

Devant la presse hier à New York, le Secrétaire général avait mis l'accent une nouvelle fois sur la question du Darfour, prévenant qu'un désastre allait se produire si la communauté internationale n'était pas capable de déployer une force de l'ONU dans la région et comparant la situation à celle du Rwanda (dépêche et conférence de presse du 13-09-06).