L'ONU alerte sur le "risque d'échec" au Darfour

Philippe Bolopion

Afp, 15 Novembre 2007

Le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno, a alerté, mercredi 14 novembre, le Conseil de sécurité sur les risques pour l'ONU d'une "humiliation" au Darfour, où l'organisation doit déployer, début 2008, une force "robuste" de 26 000 hommes, qu'elle peine à assembler. Faute de se voir offrir des hélicoptères de transport ou de combat, et en l'absence d'unités non africaines, rejetées par Khartoum, la force "hybride", cogérée par l'Union africaine (UA), court "le risque d'un échec", a prévenu le fonctionnaire de l'ONU.

"Il nous manque des capacités absolument cruciales pour le succès de la mission", explique M. Guéhenno, qui évoque "les transports terrestres", ainsi que "18 hélicoptères de transport et 6 hélicoptères d'attaque".

Le nombre relativement faible de soldats (20 000 sur un territoire grand comme la France) est censé être compensé par les capacités de projection. "Sans elles, la mission n'aura pas la mobilité nécessaire pour renforcer un camp isolé qui serait attaqué ou pour venir en aide à une population menacée", met en garde le Français.

"Il y a malheureusement un décalage entre les paroles et les actes quand on parle du Darfour", poursuit M. Guéhenno. Il juge que "la volonté des Etats de prendre des risques n'est pas encore confirmée", mais se refuse à "imaginer, alors que le monde entier parle du Darfour, qu'il n'y ait pas de pays prêts à fournir ces capacités".

Bien que la future force soit, comme voulu par Khartoum, composée aux trois quarts d'Africains, le gouvernement soudanais refuse d'autoriser des unités non africaines jugées indispensables par l'ONU. Il s'agit d'un bataillon thaïlandais (le seul à être équipé et prêt à se déployer rapidement), de deux compagnies népalaises (incluant les seules forces spéciales offertes à l'ONU) et d'une compagnie du génie, fournie par les pays nordiques (essentielle pour établir les camps et l'accès à l'eau).

"Le gouvernement soudanais ne nous a dit ni oui, ni non", s'impatiente M. Guéhenno, qui affirme que ces tergiversations "risquent de compromettre la possibilité pour ces unités de se déployer dès le début de la mission", après le 1er janvier 2008, "un moment crucial où elle risque d'être testée". A cette date, la force "hybride" prendra le relais des 7 000 hommes de la Mission de l'UA au Soudan (AMIS), qui n'ont pas su enrayer les violences.

Faut-il s'attendre à un retard du déploiement ? "Ce sont les dilemmes du Darfour", explique M. Guéhenno, qui prévient que le Conseil de sécurité risque de faire face, dans six semaines, à un "choix politique très difficile" : la décision "très lourde" d'un report et le risque "d'une mission qui serait humiliée dans la première phase de son déploiement et aurait beaucoup de mal à retrouver sa crédibilité".

En l'absence de progrès du processus de paix, "le contexte politique n'aura pas changé si radicalement qu'on puisse prendre le risque d'une force faible", ajoute le fonctionnaire de l'ONU. "Si toutes ces questions restent pendantes au début 2008, cela veut dire que la mission courra le risque de l'échec" en étant incapable "de se protéger" et moins encore de "protéger les civils qu'elle a pour mission de défendre", conclut Jean-MarieGuéhenno.