Darfour : le procureur de la CPI appelle à l'arrestation de deux Soudanais inculpés de crime de guerre

Onu

Centre De Nouvelles De L'onu, 07 Juin 2007

Le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, a appelé aujourd'hui, devant le Conseil de sécurité à New York, à l'arrestation d'Ahmad Harun, ex-ministre d'État chargé de l'Intérieur au sein du gouvernement soudanais et actuellement ministre d'Etat chargé des Affaires humanitaires, et d'Ali Kushayb, un dirigeant de miliciens/Janjawid.

« Le Conseil et les organisations régionales doivent prendre la tête du mouvement appelant le Soudan, en tant qu'Etat territorial, à arrêter ces deux individus et à garantir qu'ils soient présentés devant la Cour », a-t-il déclaré.

« Et nous comptons sur tous les Etats pour procéder à cette arrestation si l'un de ces individus venait à pénétrer sur leur territoire », a ajouté Luis Moreno-Ocampo.

Dans sa déclaration au Conseil, le procureur de la CPI a souligné qu'Ahmad Harun est le Ministre responsable de l'aide humanitaire à plus de quatre millions de personnes au Darfour.

« Il s'agit du même homme qui, en 2003, lors d'une réunion publique, avait déclaré qu'en le nommant à la sécurité pour le Darfour, on lui avait donné le pouvoir et l'autorité de tuer ou d'épargner quiconque au Darfour, au nom de la paix et de la sécurité », a dénoncé Luis Moreno-Ocampo.

« Mon bureau est particulièrement préoccupé par le fait qu'un individu recherché par la Cour pour des atrocités commises envers la population civile, des atrocités qui ont conduit de nombreux civils à devoir se réfugier dans des camps de personnes déplacées, soit encore aujourd'hui le ministre d'Etat chargé des affaires humanitaires du Soudan, avec le pouvoir de contrôler et d'avoir un impact sur ces personnes vulnérables et le personnel international qui leur vient en aide », a-t-il ajouté.

« Je demande au Conseil de sécurité des Nations Unies de prendre en main cette situation inacceptable », a-t-il dit.

A la fin du mois de février dernier, des éléments de preuve indiquant qu'Ahmad Harun et Ali Kushayb, dirigeant des Milices/Janjaouid, ont commis de concert des crimes contre la population civile au Darfour avaient été présenté par le procureur (dépêche du 27.02.2007) et un mandat d'arrêt a été délivré quelques mois plus tard à leur encontre (dépêche du 02.05.2007).

A eux deux, les deux hommes doivent répondre de 51 chefs d'accusation de crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Luis Moreno-Ocampa a souligné devant le Conseil de sécurité que la situation au Darfour demeure alarmante et que son bureau rassemble des informations concernant des crimes qui sont actuellement perpétrés dans la région mais aussi au Tchad et en République centrafricaine, tous Etats parties au statut de Rome.

Il a notamment évoqué des accusations faisant état de frappes « sans distinction et disproportionnées » opérées par le gouvernement du Soudan entre les mois de janvier et d'avril de cette année, avec certains villages bombardés pendant dix jours.

En outre, les viols se poursuivent si les femmes s'aventurent à l'extérieur des camps de déplacés, a-t-il déclaré.

Le procureur a aussi insisté sur les allégations de crimes commis par des groupes rebelles, notamment des attaques ciblées contre des soldats de la paix internationaux et contre des travailleurs humanitaires.

Entre le début février et le début mai, 11 soldats ou policiers de l'Union africaine ont perdu la vie, et 5 ont été gravement blessés, alors que de nombreux travailleurs humanitaires ont été attaqués, battus et volés.

« Si l'on se réfère aux informations recueillies, il semble que les parties au conflit continuent de violer le droit international humanitaire », a dit le procureur de la CPI.

Les documents qui donnent un aperçu des preuves accumulées contre Ahmad Harun et Ali Kushayb, ainsi que la décision qui a suivi de délivrer des mandats à leur encontre, sont disponibles à l'adresse suivante : http://www.icc-cpi.int/cases/Darfur/c0205.html .