Tchad-Soudan, le torchon brûle

Par Christophe Ayad

Liberation, 14 Avril 2006

Le Tchad a rompu aujourd\'hui toute relation diplomatique avec son voisin soudanais, qu\'il accuse d\'avoir recruté et armé les insurgés qui ont effectué un raid sanglant dans N\'Djamena hier matin.

«Nous avons pris la décision de rompre nos relations diplomatiques avec le Soudan aujourd\'hui et de procéder à la fermeture de notre frontière, a dit le président Idriss Déby. Il est faux de dire qu\'il y a une rébellion. Il n\'y a aucune rébellion contre le Tchad, c\'est le gouvernment soudanais qui a programmé la déstabilisation du Tchad.»

N\'Djaména accuse de longue date Khartoum de financer les rebelles du FUC qui utiliserait le Darfour pour base arrière. Khartoum dément en exigeant des preuves. Parmi les rebelles prisonniers présentés aujourd\'hui par le régime Déby, l\'un d\'entre eux s\'est présenté comme un policier soudanais de 31 ans dont les parents seraient tchadiens.

Idriss Déby a exigé le règlement du conflit au Darfour soudanais, qu\'il a présenté comme un élément déstabilisant pour son pays. «Il appartient a la communauté internationale d\'ici au mois de juin de trouver une solution a la crise du Darfour, et de faire repartir les réfugiés dans leur pays», a-t-il demandé. Quelque 200 000 réfugiés soudanais, essentiellement des Africains (Four, Zaghawa, Birgit, Masalit, etc.) ont fui les exactions de l\'arme et des milices arabes [les Jenjawids] au Darfour, pour s\'installer au Tchad.

La présence de ces réfugiés au Tchad et les passages incessants de la frontière par les rebelles du Darfour – parmi lesquels les Zaghawa sont très nombreux – a incité Khartoum à mettre sur pied une contre-rébellion au Tchad.