Un groupe rebelle du Darfour enlève un Canadien et un Irakien

Redaction

Afp, 25 Octobre 2007

Un groupe rebelle du Darfour, le Mouvement pour la justice et la liberté (JEM), a enlevé deux employés étrangers, un Irakien et un Canadien, dans une attaque contre un champ pétrolier dans la région de Kordofan (Soudan), a annoncé jeudi un commandant du JEM.

"Nous avons attaqué le gisement de pétrole de Defra et kidnappé deux ouvriers étrangers, l'un est Canadien et l'autre est Irakien", a déclaré Abdelaziz el-Nur Ashr, un commandant du JEM dans la région de Kordofan.

L'attaque s'est produite mardi, a-t-il dit.

Le site pétrolier est géré par la GNPOC, un consortium incluant l'ONGC indienne, le Chinois CNPC, le Malaisien Petronas et le Soudanais Sudapet dirigé par l'Etat.

"Nous voulons que la Chine, l'Inde et la Malaisie ne fassent plus des affaires avec le pétrole car Khartoum se sert de l'argent du pétrole pour acheter des armes et tuer des gens au Darfour. C'est notre pays et ils doivent partir", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le consortium produit plus de la moitié d'environ 500.000 barils par jour produits au Soudan, dont la plupart sont exportés en Chine.

A Pékin, un porte-parole des Affaires étrangères, Liu Jianchao, a confirmé l'attaque contre le site pétrolier, soulignant que les ouvriers chinois travaillant dans cette zone allaient bien.

"Le peuple de Kordofan souffre, ils ne tirent pas de bénéfices des revenus générés par les champs de pétrole. Au contraire, ils le payent chèrement avec leurs vies", a-t-il ajouté.

Vaste territoire situé au coeur du plus grand pays d'Afrique, le Kordofan, région pétrolifère, est limitrophe du Darfour - déchiré par un conflit sanglant depuis 2003 - et de la région autonome du sud-Soudan, sortie en 2005 d'une guerre de 21 ans ayant fait près de 1,5 million de victimes.

"Nous avertissons toutes les compagnies pétrolières qui travaillent dans cette région que si elles ne cessent pas leurs opérations et ne rentrent pas chez elles, nous les attaquerons et les forceront à partir", a déclaré à l'AFP le commandant Ashr, joint par téléphone.

Il a ajouté que les deux otages seraient libérés lorsque le consortium aura accepté des pourparlers avec le mouvement rebelle, un des sept groupes qui combat le régime de Khartoum au Darfour depuis début 2003.

"Nous avons eu auparavant des contacts avec la Chine par le biais de certains diplomates, mais elle a refusé de négocier avec nous. Notre position est que nous allons relâcher les deux otages après avoir parlé avec la société qui les emploie", a expliqué le commandant du JEM.

La Chine a souvent été accusée d'avoir échoué à exercer une influence sur le régime du président Omar el-Béchir afin de mettre un terme à la guerre au Darfour qui a fait plus de 200.000 morts et deux millions de déplacés, selon des estimations internationales.

Plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme accusent Pékin de ne pas faire suffisamment pression sur Khartoum pour faire cesser les exactions au Darfour, et ce afin de préserver ses intérêts pétroliers au Soudan.

Mais la Chine a répété que la communauté internationale ne devait pas exercer de pressions sur le gouvernement du Soudan.

Le JEM fait partie est l'un des sept groupes de rebelles du Darfour, a annoncé son intention de boycotter les négociations de paix prévues samedi en Libye.