Violences au Darfour avant les pourparlers de paix

Redaction

Afp, 04 Octobre 2007

Pour les soldats africains de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), le choc est rude. L'attaque de leur camp d'Haskanita, dans le sud du Darfour, pendant la nuit de samedi à dimanche, constitue un "traumatisme", selon Rodolphe Adada, représentant spécial de l'ONU et de l'Union africaine (UA) pour le Darfour, qui s'est rendu sur place. Selon le bilan disponible, jeudi 4 octobre, dix membres de la MUAS ont été tués dans l'attaque la plus meurtrière depuis le déploiement de la mission en 2004.

Bases militaires françaises : la France dispose de deux bases à proximité du Darfour. Au Tchad, le dispositif "Epervier" déploie 1 100 hommes à N'Djamena et Abéché, incluant six avions de chasse Mirage F1. En République centrafricaine, la base de Bangui abrite 400 hommes de l'opération "Boali".

Résolution de l'ONU : selon la résolution 1778 du Conseil de sécurité, adoptée le 25 septembre, la future force déployée au Tchad et en Centrafrique doit aider au "retour volontaire, sécurisé et durable des réfugiés et des personnes déplacées".

Près de deux mille assaillants appuyés par des blindés, selon les Nations unies, avaient lancé au crépuscule, puis avant l'aube, des assauts contre le camp où les casques blancs, des soldats, mais aussi des observateurs militaires et des policiers de la MUAS - sans armes, conformément au mandat de la mission - vivaient reclus depuis des mois.

Le camp a été mis à sac. Sept Nigérians, un Malien, un Botswanais et un Sénégalais ont été tués. Les assaillants se sont ensuite enfuis, alors que les forces gouvernementales commençaient à les encercler. Ces dernières n'avaient pas eu beaucoup de chemin à faire. Elles étaient en train d'attaquer des villages et des positions rebelles non loin, et la fumée des incendies déclenchés par ces attaques était visible depuis Haskanita.

Des sources concordantes identifient les assaillants comme des membres des factions qui n'ont pas signé l'accord d'Abuja, en mai 2006, entre le gouvernement soudanais et une partie seulement de la rébellion du Darfour. La faction rebelle "Unité" de l'Armée de libération du Soudan (SLA Unity), et une autre faction du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) sont mises en cause. Jeudi matin, la plupart des soldats de la MUAS portés disparus avaient été retrouvés, errant hébétés dans la brousse.

EN ATTENDANT LA RELÈVE

Les 7 000 hommes de la MUAS, qui souffrent d'insuffisances de mandat et de moyens de toutes sortes, espéraient plier bagage fin septembre pour céder la place à la Mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Minuad), financée par l'ONU. Le déploiement de ses 26 000 hommes équipés d'hélicoptères de combat n'interviendra, au mieux, qu'au premier trimestre 2008. En attendant, les troupes de la MUAS ont interrompu une partie de leurs activités, surtout dans les zones où elles sont menacées. C'était le cas à Haskanita, où toute circulation avait été interdite à l'ensemble des organisations internationales.

Au-delà de ce contexte local troublé, c'est tout le Darfour qui est sous tension, alors que des pourparlers doivent débuter en Libye, le 27 octobre, entre les groupes rebelles et le gouvernement soudanais. Cette réunion, à laquelle certains chefs rebelles comme Abdel Wahid Al-Nour, résidant à Paris, refusent de se rendre, a pour but de réunir les non-signataires de l'accord d'Abuja. Depuis, les groupes rebelles se sont émiettés en une multitude de factions, et nul ne sait combien de représentants se rendront en Libye. Leur nombre, qui "change tous les jours", selon une source proche de l'équipe de négociation, se situe "entre 17 et 22".

Avant d'arriver en Libye, certains chefs de faction se hâtent de s'équiper pour montrer qu'ils sont des interlocuteurs valables, c'est-à-dire puissants. D'où la nouvelle épidémie de vols de voiture dans le Darfour, dont font notamment les frais les organisations non gouvernementales (ONG). Les violences d'Haskanita pourraient remettre en question ce calcul. "Si l'objectif des auteurs de l'attaque est de prouver qu'ils existent et qu'ils veulent réserver par là une place dans les négociations de paix de Tripoli, ils ne seront pas autorisés à le faire", a averti Noureddine Mezni, porte-parole de la MUAS à Khartoum.

UN MANDAT "ROBUSTE"

L'accroissement du niveau de violence au Darfour est également lié à l'approche du déploiement de la force conjointe ONU-UA aux troupes dotées d'un mandat "robuste" et mieux équipées. La Minuad devra faire face à l'hostilité de Khartoum mais aussi, probablement, de certains groupes rebelles qui avaient pris l'habitude de passer au Tchad voisin où se trouvent encore leurs bases arrière.

Or la future force européenne qui doit se déployer dans l'est du Tchad et dans le nord de la Centrafrique rendra plus difficile la libre circulation de ces rebelles à travers les frontières, et leur habitude de recruter des combattants, de gré ou de force, dans les camps de réfugiés et de déplacés. Face à ce blocage international, certains groupes armés se tournent vers l'autre façade du Darfour, dans la région voisine du Kordofan, et dont Haskanita est l'une des portes d'entrée.