La colère après la pire attaque contre la force de paix

Redaction

Rfi, 01 Octobre 2007

Il s’agit de l'attaque la plus meurtrière jamais lancée contre la Mission de l'Union africaine (Amis), déployée au Darfour depuis 2004. Plusieurs centaines d'hommes lourdement armés ont fait irruption, dans la nuit de samedi à dimanche, dans les locaux de la Mission de l'UA déployée à Haskanita, une localité située dans la partie sud de la province occidentale soudanaise. Cette attaque contre les Casques blancs a provoqué au moins dix morts, ainsi que neuf blessés et une dizaine de disparus. L’Union africaine (UA), ainsi que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, ont condamné « fermement » cette action violente qui survient alors même que doivent s'ouvrir à Tripoli, en Libye, le 27 octobre prochain, de nouveaux pourparlers de paix. Les différents groupes rebelles de la région du Darfour se rejettent la responsabilité de cette attaque.

Selon l’Union africaine, les assaillants étaient plusieurs centaines et ils ont attaqué la base d'Haskanita, dans le Sud Darfour, à bord d'une trentaine de camions et avec des armes lourdes. A l'intérieur du camp, il y avait 130 militaires nigérians. Le bilan est très lourd pour les soldats de la force de paix de l'UA. Le commandant de la force africaine est parti lundi matin sur les lieux, pour enquêter et superviser l'évacuation des blessés. Dans un communiqué, le général Agwai laisse clairement entendre que ce sont des rebelles qui ont attaqué. Il ne précise pas lesquels, mais il estime que de tels carnages minent leur crédibilité à quelques semaines des négociations de paix de Tripoli.

Le chef de la mission africaine au Soudan, le Congolais Rodophe Adada, se dit « outragé ». Depuis son déploiement, il y a trois ans, la force de l'Amis a déjà subi de nombreuses attaques. La dernière en date, il y a cinq mois, avait fait cinq morts parmi le contingent sénégalais. Celle-ci est donc la plus sanglante. Des diplomates y voient le signe qu'il faut au plus vite déployer les 26 000 soldats de la force mixte Onu-Union Africaine dans le Darfour. Ils doivent remplacer, dans les prochains mois, les 7 000 hommes de l'Amis, qui manquent d'équipements et de financements.

L'UA veut identifier les agresseurs

La force de l'UA déployée au Darfour s’est déclarée lundi déterminée à identifier les auteurs de cette attaque sanglante : « une enquête est en cours et les conclusions seront rendues publiques. Quant aux auteurs de ces violences, ils seront durement sanctionnés ». Pour l’Algérien Saïd Djinnit, commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA, il faudra que les responsables assument les conséquences de leur agression, sur le plan politique et devant la loi internationale.

Plusieurs factions rebelles sont montrées du doigt, mais aucune ne reconnaît sa responsabilité. Le MJE, le Mouvement pour la justice et l'égalité, accuse certains de ses dissidents d’avoir lancé l'attaque avec l'aide d'éléments du MLS, le Mouvement de libération du Soudan. Ces rebelles auraient cherché à récupérer des armes et des véhicules dans le but de créer un nouveau mouvement. Certains observateurs doutent, toutefois, de la crédibilité des communiqués du MJE, et parlent de « règlement de comptes ».

Le Mouvement pour la justice et l'égalité, jusque-là relativement épargné par les scissions, est aujourd'hui traversé par de graves dissensions internes. Le commandant général des troupes du MJE a été relevé de ses fonctions le 1er juillet dernier et Bahr Idriss Abou Garda, responsable du secteur ouest du Darfour, a été limogé il y a une semaine. Joint au téléphone par RFI, ce rebelle dissident nie d'ailleurs toute implication : il affirme ne pas être sur place et ne pas disposer d'hommes autour du camp de l'Union africaine à Haskanita.

Condamnation internationale

Le gouvernement sénégalais a lancé lundi un appel pressant à la communauté internationale, pour que soit déployée rapidement la force « hybride » ONU-Union africaine. Un Sénégalais figure parmi les dix victimes de cette attaque. Le président Abdoulaye Wade a même menacé de retirer ses troupes du Darfour.

Le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, et la Commission européenne ont qualifie d'« injustifiable » l’attaque d’Haskanita qui constitue, selon eux, une « grave violation du cessez-le-feu ». La présidence américaine souligne, quant à elle, que le déploiement de la force de paix Onu-Union africaine doit se faire « le plus vite possible ».

Le conflit au Darfour oppose depuis 2003 les forces gouvernementales et leurs alliés, des miliciens arabes janjawid, aux rebelles de souche africaine. Selon les agences des Nations unies, ce conflit a fait 200 000 morts et plus de deux millions de déplacés, des chiffres contestés par le gouvernement de Khartoum.