L'Union africaine impuissante sur le terrain

Morin Yamongbe

Le Courrier International, 04 Octobre 2007

Le général Agwai, qui dirige la mission de l'Union africaine dans la province soudanaise, lance un cri d'alarme après avoir perdu 10 hommes face à des rebelles. L'occasion pour le quotidien burkinabé Le Pays de poser la question de la capacité de l'Afrique à s'autogérer.

"Nous sommes sous-équipés, trop peu nombreux, et nous pouvons être vaincus très rapidement." Ce sont là quelques morceaux choisis des aveux de Martin Luther Agwai, le chef de la mission de l'Union africaine au Soudan. Décontenancé, le général nigérian exprimait ainsi ses inquiétudes après l'attaque d'assaillants qui a fait 10 morts et 50 disparus dans les rangs des soldats de l'Union africaine déployés au Darfour. Les 157 soldats de la base de Haskanita qui ont été pris pour cibles le 29 septembre par des personnes toujours non identifiées sont encore sous le choc. Pis, en attendant l'arrivée de la force hybride ONU-UA, d'environ 28 000 hommes, les hommes du général Agwai ne savent pas à quel saint protecteur se vouer. Des attaques similaires à celle du 29 septembre sont encore possibles, car ceux qui en sont à l'origine seraient une fraction des rebelles qui voudraient avoir leur place aux pourparlers de paix qui devraient se tenir en Libye à partir du 27 octobre prochain. Sous-équipés et en nombre presque insignifiant comparativement aux assaillants, les Casques blancs sont très exposés.

Bien que l'UA affirme le contraire et avance que c'est le grand nombre des assaillants qui a fait la différence, force est de reconnaître que, sur les plans humain et matériel, la mission africaine est loin d'être la mieux lotie. Même sur le plan des salaires, il faut tout attendre de l'Occident. Encore que cet argent, qui vient du Nord, est parfois détourné par des individus sans scrupule, bien installés dans leur tour d'ivoire, à mille lieues du four... du Darfour. Le sous-équipement des Casques blancs et les autres difficultés que ces troupes rencontrent sur le terrain posent malheureusement, une fois de plus, le problème de la capacité des Africains à s'autogérer, notamment en ce qui concerne leurs conflits. Il est urgent de sortir de cette situation de précarité afin que les missions envoyées dans les foyers de tension n'y aillent pas comme s'ils allaient à l'abattoir, mais soient suffisamment en position de force pour pouvoir instaurer une paix durable.