Risque d'embrasement au Darfour après l'attaque de samedi

Redaction

Afp, 01 Octobre 2007

L'attaque contre la force africaine au Darfour vient rappeler le risque d'un embrasement dans cette zone de l'ouest du Soudan, déjà en guerre civile, où de nombreuses factions rebelles et autres groupes armés sont en concurrence pour peser sur des négociations cruciales de paix.

La question que tous se posent lundi au surlendemain de l'attaque, la pire contre la force africaine qui y a perdu 10 éléments, est la suivante: qui a commis un tel acte et dans quel but ?

Pour le gouvernement soudanais, il n'y a pas de doute. Ce sont des rebelles qui cherchent à saboter les négociations de paix prévues le 27 octobre en Libye sous l'égide de l'Union africaine (UA) et des Nations unies.

Mais certains commentateurs, y compris dans la presse soudanaise, y voient un avertissement à la force hybride UA-ONU appelée à se déployer vers la fin de l'année au Darfour et que certains, même à Khartoum, ont du mal à accepter.

"Personne ne sait au juste qui a commis le massacre mais personne ne peut douter du but recherché: faire peur à la force hybride et saboter le processus de paix", écrit dans un éditorial le quotidien indépendant Alyaam.

La mission africaine au Soudan, l'Amis, a évité de désigner dans l'immédiat des auteurs en dépit du choc provoqué par l'attaque qui a fait également 8 blessés et 40 disparus, dans un camp tenu par des éléments du Nigeria à Hasknita, dans le sud du Darfour.

"Nous avons certes des pistes mais il revient à l'enquête de déterminer qui a mené cette attaque odieuse", a encore répété lundi à l'AFP le porte-parole de l'Amis, Noureddine Mezni.

Personne n'a revendiqué l'attaque, menée avec de gros moyens --une trentaine de véhicules et des armes sophistiquées-- et certains groupes rebelles ont pointé un doigt accusateur vers les forces gouvernementales ou leurs supplétifs, les miliciens Janjawid.

Mais le mystère demeure entier pour le moment sur cette attaque qui a donné lieu à une orgie de pillage et de dégradation au point que le camp a été totalement détruit et évacué, selon l'Amis.

Des véhicules, des équipements et de moyens de communication ont été emportés par les assaillants mais surtout 57 éléments de l'Amis ont été portés disparus, dont 17 ont ensuite été retrouvés dans une localité située au sud du Darfour lui-même.

La violence dans le sud du Darfour est notoire. Elle est à la fois alimentée par les rivalités entre groupes rebelles, dont certains veulent aller négocier en Libye et d'autres pas, et par l'animosité grandissante entre tribus dont certaines d'une même ethnie.

C'est le cas notamment des Torjam et des Rizeigat Abbala, deux tribus arabes, qui se sont entretuées ces derniers mois à cause de conflits de parcours et de vol de bétail.

En mai dernier, le Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'homme avait fait état d'attaques contre des villages du sud Darfour qui ont fait plus de 100 morts et jeté sur les routes des milliers de personnes depuis le début de l'année.

Des Rizeigat Abbala, dont de nombreux gardes-frontières, ont attaqué depuis janvier des villages Tarjam bien que les deux ethnies aient participé au conflit du Darfour dans les forces supplétives du gouvernement soudanais.

Début septembre, le gouvernement soudanais avait accusé des rebelles d'avoir tué 41 civils dans une attaque menée à la lisière du Darfour sud et du nord du Khordofan, autre signe de la violence persistante dans cette zone.

"Quel que soit l'auteur de l'attaque, tous les protagonistes du conflit portent sur la main le sang des soldats africains", relève un commentateur du autre indépendant, Alsahafa, avant d'estimer que le Darfour risque de s'enfoncer davantage dans la violence.