Sudan: Nouveau bras de fer entre le Soudan et l'ONU

Faustin Kuediasala

All Africa, 20 Octobre 2006

La guerre est désormais ouverte entre le Soudan et l'Organisation des Nations unies (Onu). Le gouvernement soudanais a ordonné, le dimanche 22 octobre, rapporte le journal Le Monde, l'expulsion sous trois jours du représentant de l'Onu à Khartoum, Jan Pronk, engageant un nouveau bras de fer avec la communauté internationale sur la crise du Darfour.

« Le ministère soudanais des Affaires étrangères a donné 72 heures à M. Pronk pour quitter le pays », a annoncé l'agence officielle Suna. M. Pronk, un diplomate hollandais, est l'émissaire spécial du secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan depuis 2004. Agé de 66 ans, il avait été député et plusieurs fois ministre aux Pays-Bas.

Le gouvernement soudanais avait vivement protesté, vendredi, contre des propos de M. Pronk pour qui les forces armées avaient subi des revers au Darfour, la région Ouest du Soudan en proie à un conflit meurtrier depuis début 2003. Critiquant les dernières déclarations de M. Pronk, dont les relations avec le régime du président Omar Al-Bachir étaient très dégradées, le ministère des Affaires étrangères les avait jugées « pas compatibles avec son mandat ».

Pour sa part, l'armée soudanaise avait estimé que M. Pronk devait être déclaré persona non grata pour s'être « ouvertement ingéré dans les affaires des forces armées ». Il avait déclaré récemment dans son blog, le 14 octobre, dans sa 35ème lettre, que les forces armées soudanaises avaient « perdu au Darfour deux combats majeurs : à Oum Sidir le mois dernier et à Kerakaya cette semaine ». Il avait ajouté que le moral des soldats était bas et dit craindre une mobilisation des milices contre les rebelles au Darfour.

FERMETE A L'ONU

Malgré l'ordre d'expulsion de Khartoum, l'Onu s'est dit déterminée à maintenir en fonction son émissaire. Selon l'AFP, l'Onu a examiné lundi ses options au Soudan et a maintenu en fonction jusqu'à nouvel ordre son émissaire, Jan Pronk, dont Khartoum a ordonné l'expulsion, alors que la question du Darfour, à l'origine de la crise, est totalement dans l'impasse.

M. Pronk, représentant spécial du secrétaire général, Kofi Annan, reste en fonction jusqu'à nouvel ordre, a annoncé lundi Stéphane Dujarric, porte-parole de M. Annan. M. Pronk « est toujours le représentant spécial (au Soudan) du secrétaire général » et jouit de son « plein soutien » à ce poste, a déclaré M. Dujarric lors d'un point de presse.

Le 14 octobre, M. Pronk, diplomate néerlandais de 66 ans connu pour son franc-parler, avait écrit dans son blog personnel que l'armée soudanaise avait subi « deux défaites » au Darfour, provoquant la fureur de l'armée qui avait réclamé qu'il soit déclaré persona non grata.

L'OCCIDENT SE MOBILISE

Cette région de l'Ouest du pays est le théâtre depuis février 2003 d'une guerre civile et d'une grave crise humanitaire, situation que certains pays comme les Etats-Unis considèrent comme un génocide de populations d'origine africaine par les Soudanais de souche arabe.

Officiellement rappelé pour consultations par M. Annan, M. Pronk n'est attendu que mercredi au siège de l'ONU à New York, a indiqué M. Dujarric.

Dès dimanche, le secrétaire d'Etat britannique aux Affaires étrangères chargé de l'Afrique, Lord David Triesman, avait condamné cette décision « contre-productive » et qui « ne contribuera en rien à résoudre les problèmes du Soudan ».

La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a jugé lundi cette décision « extrêmement malheureuse ». « La situation se détériore au Darfour et la communauté internationale doit pouvoir y agir », a-t-elle dit.

Paris a également regretté la décision soudanaise, tout en maintenant un projet de déplacement à Khartoum du chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy. Le président Bachir continue de s'opposer à la communauté internationale qui souhaite l'envoi d'une force onusienne dans cette région immense, grande comme la France, où vivent 7 millions de personnes. Le Conseil de sécurité de l'Onu a décidé, le 31 août, l'envoi d'une force de l'Onu d'environ 17.000 soldats et 3.000 policiers pour prendre la relève de la mission de l'Union africaine, composée de 7.200 hommes, mal équipées et sans ressources financières.

Accusé de soutenir les jandjawid, des miliciens arabes responsables des violences contre les populations musulmanes d'ethnies noires, le régime soudanais accuse en retour les partisans d'une force de l'Onu de « visées impérialistes ». Selon l'Onu, les combats avec les rebelles et la crise humanitaire ont fait 200.000 morts et quelque 2,5 millions de déplacés depuis le début du conflit en 2003. Un accord de paix a été signé en mai dernier par Khartoum avec une partie des rebelles, mais il reste lettre morte.