Sudan: L'ONU accélère la cadence

Mohamed Khaled Drareni

All Africa, 31 Août 2007

Ban Ki-moon se rendra bientôt au Darfour pour y prôner la paix durable

Il était temps pour l'Organisation des Nations unies de s'investir pleinement dans la tragédie du Darfour. Huit mois après avoir pris les rênes de l'Organisation internationale, Ban Ki-moon reprend l'initiative dans la province soudanaise.

Et pour cela, c'est une véritable tournée diplomatique qui mènera le successeur de Kofi Annan dans pas moins de trois pays de la région. Au Soudan, au Tchad et en Libye, Ban Ki-moon devra exposer les priorités que son Organisation considère comme indispensables pour réunir les conditions d'une paix durable au Darfour.

«Je souhaite jeter les fondements d'une paix et d'une sécurité durables. Mon objectif est de faire le point sur les progrès enregistrés jusqu'ici, de bâtir à partir de là pour faire cesser un jour ce terrible traumatisme», a-t-il déclaré hier devant un parterre de journalistes à New York. La paix durable version Ban Ki-moon passe inéluctablement par la coopération des autorités soudanaises. Pour le n°1 des Nations unies, Khartoum ne fait pas totalement preuve de transparence dans la conduite des négociations suite aux récentes résolutions du Conseil de sécurité.

«Je lance un appel au gouvernement du Soudan et à toutes les parties pour qu'ils s'abstiennent de toute action militaire», a-t-il poursuivi en faisant référence aux janjawids et aux groupes rebelles récalcitrants.

L'un d'eux vient d'ailleurs d'annoncer son intention de ne pas participer aux prochains pourparlers sur l'avenir de la province occidentale du Soudan. Décision insignifiante face à la détermination africaine de tenir en octobre prochain un nouveau cycle de négociations entre les protagonistes de la crise.

Prenant cette tâche à bras le corps, Salim Ahmed Salim, l'envoyé spécial de l'Union africaine pour le Darfour, a rencontré hier le président Omar Hassan El Bachir à Khartoum. «Les deux hommes ont mis l'accent sur les prochaines négociations de paix entre le gouvernement soudanais et les non-signataires de l'accord d'Abuja, et le dialogue reprendra en octobre», a déclaré dans la capitale soudanaise le dernier secrétaire général de l'Organisation de l'Unité africaine. Mais la sollicitude à l'égard du Darfour n'est pas qu'africaine, elle est aussi européenne. Adoptée lundi dernier par l'Union européenne, l'idée du déploiement d'une force d'interposition au Tchad et en Centrafrique a été applaudie par l'ONU hier. Cette force multidimensionnelle a pour missions principales de coordonner l'action humanitaire dans la région, et de porter assistance aux populations du Darfour.

Selon des sources diplomatiques françaises, le nombre de militaires déployés à l'est du Tchad et au nord-est de la République centrafricaine devrait avoisiner les 3 000. Composée essentiellement de soldats français, elle sera opérationnelle dès octobre prochain, et officiera durant une année. Une bonne nouvelle pour les victimes d'une tragédie innommable.

En acceptant qu'un nombre incalculable de militaires étrangers viennent fouler son sol, le Soudan cède enfin aux pressions internationales qui devenaient de plus en plus intenables.

Cela servira-t-il à ramener la paix au Darfour ? Assurément oui, quand le pétrole de la province passera sous pavillon occidental.