Dix mille morts par mois

Par Didier Samson

Rfi, 15 Mars 2005

Au moment où s’ouvre la 61ème session de la Commission des droits de l’Homme de l’Onu à Genève, le secrétaire général adjoint pour les affaires humanitaires, Jan Egeland, regrette le peu de moyens dont dispose son institution pour sécuriser la région. Malgré les dispositions prises par la communauté internationale pour juguler la violence, le nombre de victimes dû aux conséquences de la guerre reste très élevé.

Les populations du Darfour continuent de payer un lourd tribut dans le conflit qui opposent des mouvements rebelles aux forces loyalistes. Depuis le début du conflit en février 2003, le nombre de victimes a approximativement été fixé à plus de 70 000 morts et plus d’un million des personnes déplacées. Mais ces chiffres paraissent aujourd’hui bien loin de la réalité. « Au moins 10 000 personnes sont mortes chaque mois en moyenne depuis que la situation d’urgence s’est aggravée au Darfour, vers la fin de 2003, c’est-à-dire depuis 18 mois, soit 180 000 au total », a déclaré Jan Egeland. Il pense par ailleurs que ces chiffres sont des estimations qui pourraient être inférieurs à la réalité et que le nombre de personnes déplacées serait compris entre 3 et 4 millions.

Ces chiffres sont alarmants et d’autant plus regrettables qu’ils sont « évitables » selon Jan Egeland. La plupart des décès seraient dus « aux privations, aux maladies, à la malnutrition et aux violences proprement dites », constate l’expert onusien. En effet, selon de nombreuses organisations non gouvernementales qui agissent dans l’ouest du Soudan, les décès seraient dus aux conséquences de la guerre et du manque de moyen pour couvrir cette immense étendue de 500 000 km². Dans un entretien accordé à l’AFP, Jan Egeland déplore que le Bureau de coordination de l’assistance humanitaire de l’Onu (Ocha) n’a reçu que 56 millions de dollars au titre de 2005 pour ses opérations dans le sud du Soudan, au lieu des 410 millions qu’il aurait dû percevoir. Quatre pays ont répondu à l’appel de l’Onu, le Royaume Uni, les Pays-Bas, la Norvège et les Etats-Unis, sans oublier la Commission européenne qui reste la seule organisation à avoir mis la main à la poche.

« Pressions indues »

C’est dans ce contexte de constat amer que se tient à Genève du 14 mars au 22 avril la session annuelle de la Commission des droits de l’Homme de l’Onu (CDH). La Haut commissaire de l’Onu pour les droits de l’Homme, Louise Arbour, a profité de cette occasion pour faire remarquer que la « réponse de la communauté internationale était très en retrait par rapport à notre responsabilité collective envers les plus vulnérables ». Mais, le ministre soudanais de la Justice, Ali Yassine, dont le pays vient d’être réélu à la CDH a dénoncé « toute pression indue » sur son pays. Les autorités de Khartoum sont accusées d’entretenir un certain chaos dans la région et de soutenir les milices janjawids qui s’en prennent aux populations civiles.

Les faits sont têtus, et malgré les déclarations des autorités soudanaises, les violences sur le terrain n’ont pas cessé et la précarité est grandissante dans l’ouest du pays. En plus des moyens financiers qui font défaut, les organisations humanitaires déplorent également le manque d’effectifs pour assurer la sécurité des populations et veiller au maintien du cessez-le-feu. Les ONG appellent au renforcement de la force de l’Union africaine qui passerait de 2 000 à 10 000 hommes. Par ailleurs, elles insistent sur l’obligation qui doit être faite au Soudan de garantir la sécurité de tous les habitants du pays sans exclusive. Le conseil de sécurité de l’Onu est, dans sa grande majorité, favorable à la saisine de la Cour pénale internationale pour faire condamner les responsables des exactions, mais les Etats-Unis s’y opposent. Ils sont hostiles à cette juridiction.