Deux ONG saluent la résolution mais expriment leurs inquiétudes

Redaction

Afp, 02 Août 2007

Des organisations humanitaires se félicitaient mercredi du déploiement d'une force de maintien de la paix au Darfour, région de l'ouest du Soudan où la violence les empêche de porter secours aux populations les plus vulnérables.

La future "Unamid", dont la création a été décidée mardi par le Conseil de sécurité de l'ONU, sera la plus importante mission de paix du monde lorsque ses quelque 26.000 soldats et policiers seront entièrement déployés au début de l'année prochaine. Elle doit permettre de sécuriser le travail des organisations humanitaires, pour qui le Darfour est devenu depuis 2003 l'une des plus grosses -sinon la plus grosse- opération mondiale.

La force hybride des Nations unies et de l'Union africaine pourra recourir à la force afin d'assurer la sécurité et la liberté de circulation des travailleurs humanitaires et prévenir les attaques et les menaces contre les civils sur ce territoire grand comme la France.

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) se félicite du déploiement de la mission "parce qu'il est très difficile de travailler au Darfour par manque de sécurité".

"Beaucoup de régions (du Darfour) sont hors d'atteinte ou ne peuvent l'être que par hélicoptère, fait observer son porte-parole, Ron Redmond. Une présence (militaire) en soutien au travail humanitaire serait très apprécié par nos équipes et les personnes auxquelles nous tentons de venir en aide".

Au cours des derniers mois, des convois de nourriture du Programme alimentaire mondial (PAM) ont été attaqués à plusieurs reprises, rappelle-t-il, sans s'inquiéter outre mesure du risque de voir les humanitaires assimilés sur le terrain à des supplétifs des soldats. "La situation ne peut pas empirer par rapport à ce qu'elle est aujourd'hui", observe M. Redmond.

La guerre civile au Darfour a fait environ 200.000 morts et 2,1 millions de déplacés, selon l'ONU.

L'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International a salué la résolution mais a appelé à agir rapidement pour protéger les civils des violences.

Amnesty appelle par ailleurs le Soudan à "faciliter le déploiement rapide de cette nouvelle force", évoquant les "obstructions à de tels déploiements mises en oeuvre par le passé par le gouvernement soudanais".

Deux organisations non gouvernementales, Oxfam et Christian Aid, ont salué l'adoption de la résolution, tout en exprimant leur inquiétude sur le temps nécessaire pour sa mise en oeuvre.

La coalition "Sauver le Darfour", qui réunit 180 organisations, a estimé que la résolution "nous rapproche un peu de l'objectif d'offrir une véritable protection aux civils". Mais "ce n'est pas le moment d'ouvrir les bouteilles de champagne", a-t-elle observé dans un communiqué, estimant que le véritable test se fera sur le terrain.

Alors que le coût du déploiement de l'Unamid est estimé à environ deux milliards de dollars "il va falloir que la communauté internationale mette la main à la poche pour que ce déploiement soit effectif le plus rapidement possible", souligne l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

L'envoi des casques bleus est "un signal politique fort qui montre que la communauté internationale s'investit maintenant au Darfour", se félicite Jean-Philippe Chauzy, porte-parole de l'OIM, l'agence des migrations qui a déployé sur place des inspecteurs chargés de vérifier que les populations réinstallées par les autorités le font bien de leur plein gré.

"Les militaires ont une force de projection extraordinaire qui permet d'avancer très vite sur le terrain. Ce sont quasiment des acteurs incontournables", ajoute M. Chauzy, tout en reconnaissant que "les humanitaires doivent travailler avec eux sans confusion des rôles".

Mais Douglas Johnson, spécialiste du Soudan à l'Université d'Oxford, s'attend à ce que le gouvernement soudanais utilise tous les moyens en sa possession pour entraver l'activité de l'Unamid, profitant des failles de la résolution de l'ONU.

Le texte donne aux casques bleus "le mandat clair de se protéger eux-mêmes mais pas les civils", estime M. Johnson.