Mia Farrow allume une torche de la paix pour le Darfour

Stéphanie Hancock

Le Monde, 13 Août 2007

Mia Farrow a donné en fin de semaine dernière le départ à un relais de flamme qui parcourra plusieurs pays victimes de génocide dans le passé, pour inciter la Chine à faire pression sur Khartoum pour que cessent les atteintes aux droits de l'homme au Darfour.

L'actrice américaine, ambassadrice de bonne volonté de l'Unicef et détracteur des violences qui ensanglantent l'ouest du Soudan, a lancé sa campagne symbolique au camp tchadien de réfugiés d'Ouré Cassoni, à moins de dix km de la frontière soudanaise.

"Cette flamme représente et rend hommage à tous ceux qui ont disparu et à tous ceux qui continuent de souffrir", a déclaré l'ancienne épouse de Frank Sinatra et ex-égérie de Woody Allen.

"Elle célèbre le courage des survivants et symbolise l'espoir que nous partageons tous de voir les violences cesser et les civils regagner leurs foyers".

La cérémonie, ponctuée par des trombes d'eau et une tempête de sable, s'est terminée sur l'image de l'actrice, aujourd'hui âgée de 62 ans, tenant d'une main un petit réfugié et de l'autre la torche, sous les vivats de ses compagnons.

Les défenseurs des droits de l'homme accusent le gouvernement du président soudanais Omar Hassan el Béchir de soutenir les violations et exactions à grande échelle commises par son armée et les milices arabes "djandjaouid".

Ces dernières sont accusées de semer la terreur et de pratiquer la "politique de la terre brûlée" contre la population négro-africaine du Darfour.

Ils reprochent aussi à Pékin, principal importateur du pétrole soudanais et grand pourvoyeur d'armes du régime de Khartoum, de tout faire au plan diplomatique pour que leur allié africain échappe à des sanctions internationales.

KIGALI, SARAJEVO, PHNOM-PENH...

Selon des experts internationaux, quelque 200.000 personnes ont trouvé la mort au Darfour depuis le début de la guerre civile en 2003. Le gouvernement soudanais évoque pour sa part un chiffre de 9.000 morts, tandis que les Etats-Unis parlent de génocide.

La campagne lancée à la frontière tchado-soudanaise par Mia Farrow intervient un an pratiquement jour pour jour avant le coup d'envoi, le 8 août 2008, des Jeux olympiques de Pékin, dont le gouvernement communiste chinois espère faire une vitrine de sa puissance politique et économique.

Les défenseurs des droits de l'homme entendent profiter de l'événement sportif pour tenter de faire pression sur le régime communiste pour qu'il cesse de violer les libertés à domicile et chez les pays alliés.

Ceux qui dénoncent la répression exercée en Chine notamment contre les membres de la secte politico-religieuse de Falun Gong ont lancé un relais similaire à Athènes vendredi.

Les organisateurs de ce dernier événement avaient demandé aux médias de le taire jusqu'à leur départ pour le Rwanda, pays de l'Afrique des Grands Lacs où 800.000 Tutsis et Hutus modérés ont péri victimes en 1994 d'un génocide.

"La flamme olympique voyage dans le monde entier avant les JO pour témoigner de la paix et de la fraternité. C'est ce que nous faisons ici avec cette torche, censée symboliser la paix et la fraternité pour la population du Darfour", a expliqué à la presse Jill Savitt, l'un des organisateurs du mouvement "Dream for Darfur" ("Rêve pour le Darfour").

Après le Rwanda, la flamme fera étape en Arménie, en Bosnie, en Allemagne et au Cambodge, de même qu'aux Etats-Unis.