Le médiateur de l'ONU, Jan Eliasson, affirme que "des développements positifs" sont intervenus au Darfour

Philippe Bolopion

Le Monde, 09 Août 2007

Au lendemain d'un accord conclu entre huit factions rebelles du Darfour, le médiateur de l'ONU, Jan Eliasson, estime que "pour la première fois depuis longtemps" le règlement de la crise connaît "des développements positifs". "Il est toujours très difficile d'être optimiste à propos du Darfour", reconnaît le diplomate onusien, mais le processus de paix dans l'ouest du Soudan "semble relativement bon sur tous les fronts", affirme-t-il.

Le Conseil de sécurité de l'ONU avait autorisé, le 31 juillet, le déploiement de 26 000 hommes au Darfour, où plus de 200 000 personnes auraient péri depuis 2003. Cette force, que l'ONU croit pouvoir réunir, ne sera pas entièrement déployée avant l'année prochaine, mais la résolution "prouve que le Conseil de sécurité prend au sérieux la sécurité du peuple du Darfour", affirme M. Eliasson, contacté par Le Monde à Khartoum.

Fait nouveau, les pays voisins, l'Erythrée, la Libye, le Tchad et l'Egypte ont, selon le négociateur onusien, "joué un rôle constructif" pour unifier une rébellion qui n'a cessé de se fractionner depuis l'illusoire accord de paix du Darfour, signé en mai 2006 par la faction de Minni Minnawi. Avec son homologue de l'Union africaine (UA), Salim Ahmed Salim, Jan Eliasson a convaincu, lundi 6 août, huit tendances de la rébellion de se rassembler, à Arusha, en Tanzanie, autour d'une plate-forme de revendications communes.

Cette plate-forme, qui porte notamment sur le partage du pouvoir et des richesses, devrait être négociée, sous deux ou trois mois, avec les autorités soudanaises, au cours d'une conférence de paix dans un pays de la région.

Les quelque 2,2 millions d'habitants du Darfour qui vivent dans des camps veulent surtout, selon M. Eliasson, "retourner dans leurs villages et leurs terres, que les milices les laissent tranquilles, et un dédommagement monétaire, ce qu'ils appellent "l'argent du sang", car ils ont perdu des enfants, des femmes, des maris".

Une des figures les plus populaires de la rébellion, Abdel Wahid Mohammed Nour, qui vit en exil à Paris, a boycotté la rencontre d'Arusha. "Nous le regrettons, mais j'espère qu'il ne va pas s'exclure de la négociation finale, qui peut être cruciale pour transformer la vie de son peuple", affirme l'ancien président de l'Assemblée générale de l'ONU. Informées, mardi 7 août, par Jan Eliasson des conclusions de la rencontre d'Arusha, les autorités soudanaises ont, selon ce dernier, réagi de manière "globalement positive", même si elles "n'ont pas entièrement accepté les questions soulevées pour le programme" de la future négociation, qu'elles auraient souhaité voir se tenir dès ce mois-ci.

Les "rebelles se sont engagés à une cessation des hostilités, à condition que le gouvernement soudanais fasse de même", explique aussi Jan Eliasson. "Aujourd'hui, j'ai reçu des assurances du gouvernement soudanais qu'il était préparé à cesser les hostilités, à condition que les rebelles en fassent autant", ajoute-il. Mais avec seulement 7 000 soldats de l'UA sur le terrain, le diplomate reconnaît manquer d'un "mécanisme complet de surveillance d'un cessez-le-feu" encore hypothétique.

L'émissaire onusien devait, à partir de mercredi, se rendre au Darfour pour y rencontrer les habitants des camps, les représentants de la société civile et les dirigeants tribaux, avant de se rendre au Tchad, où a débordé le conflit.

Il doit présenter, à la fin du mois, ses recommandations sur l'organisation d'une conférence de paix "finale" sur le Darfour.