Sudan: Un rapport recommande le statut 'prima facie' pour les Tchadiens arrivés au Darfour

Redaction

All Africa, 08 Août 2007

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et son partenaire gouvernemental soudanais, le Commissariat aux réfugiés (COR), ont recommandé que les milliers de nouveaux arrivants depuis le Tchad, ayant traversé la frontière vers le Darfour ces derniers mois, soient reconnus par le Gouvernement du Soudan comme des réfugiés prima facie, c'est-à-dire dès leur arrivée et de manière automatique, à moins qu'une preuve du contraire ne soit avancée.

« Cependant, le rapport spécifie aussi que le statut de réfugié ne devrait pas être accordé à d'anciens combattants, ou d'autres encore actifs, qui pourraient faire partie du groupe venant du Tchad », a précisé la porte-parole du HCR, Jennifer Pagonis, lors de son point presse au Palais des Nations à Genève.


Les recommandations conjointes font suite à des évaluations approfondies menées sur le terrain par le HCR et le COR, durant plusieurs mois, dans la région de l'Ouest du Darfour et fait référence aux interviews menées avec des réfugiés récemment arrivés.

Le HCR et le COR estiment qu'environ 30.000 personnes ont quitté le Tchad vers le Darfour dans un flux régulier depuis le début de l'année.

Le rapport conjoint établit que la plupart des nouveaux arrivants appartiennent à des tribus arabes nomades ou semi-nomades, mais aussi à des tribus non arabes.

Un grand nombre d'entre eux s'est installé le long du lit de la rivière Wadi Azoum. Ils viennent de campements situés le long de la frontière entre le Tchad et le Soudan, la majorité étant originaire des régions de Tiero, Marena, Mayo et Awinrado au sud-est du Tchad.

Les familles interviewées ont déclaré avoir quitté le Tchad après que des hommes armés vêtus d'uniformes militaires soient entrés dans leur maison, à la recherche d'armes, en accusant les villageois de soutenir et de participer aux activités des milices.

Les témoignages font état de fouilles souvent violentes avec des pillages, des passages à tabac, des arrestations, des meurtres et dans certains cas, des viols commis par ces groupes.

En plus de ces fouilles brutales, de nombreuses familles ont rapporté avoir quitté le Tchad à cause de l'insécurité généralisée et des combats entre les forces gouvernementales et les groupes d'opposition. La plupart des personnes interviewées ont clairement indiqué ne pas vouloir retourner au Tchad à cause de la situation sécuritaire.

Le HCR et le COR ont entrepris plusieurs missions d'évaluation dans d'autres régions d'arrivée comme Mukjar, Mornei, Bindinsi, Um Dukhum, El Geneina et Krenek.

Les nouveaux arrivants dans ces régions ont mentionné diverses raisons ayant motivé leur fuite depuis l'est du Tchad, y compris le fait que plusieurs hommes aient été battus à mort après que des fouilles en quête d'armes aient eu lieu, d'autres meurtres, des combats tribaux incessants et des attaques contre les villages.

« Etant donné ces conditions, nous sommes persuadés que si ce groupe de Tchadiens devait rentrer, leur sécurité serait en jeu. Par conséquent, nous recommandons qu'ils soient reconnus comme réfugiés, dans la mesure où ils remplissent les critères d'éligibilité selon les articles y afférents dans la Convention de l'OUA [Organisation de l'unité africaine, remplacée depuis par l'Union africaine] de 1969 et la loi soudanaise sur la régulation de l'asile datant de 1974 », a déclaré Jennifer Pagonis.

Les mouvements nomades transfrontaliers existent depuis des siècles dans cette région, avec des groupes de nomades allant et venant avec leur bétail, à la recherche de régions pourvues en eau et en pâturage. Quelques personnes parmi les nouveaux arrivants ont mentionné les ressources rares au Tchad, spécialement l'eau, comme principale raison de leur départ.

Cependant, les mouvements transfrontaliers récents vers le Darfour sont principalement motivés par l'insécurité à l'est du Tchad à la fin de l'année dernière et durant la première partie de cette année.

Le rapport du HCR et du COR fait aussi état du fait qu'à leur arrivée dans l'Ouest Darfour, quelques familles auraient été envoyées par des membres de tribus locales soudanaises ou des chefs locaux soudanais pour occuper des terrains vides, spécialement dans les zones Wadi Azoum et Wadi Saleh.