Le représentant de l'ONU au Soudan quitte Khartoum lundi

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Afp, 23 Octobre 2006

L'émissaire de l'ONU au Soudan, Jan Pronk, quitte lundi Khartoum d'où il a été expulsé par les autorités pour avoir évoqué deux "défaites" de l'armée face aux rebelles au Darfour, région de l'ouest du pays en guerre civile.

Cette décision, sans précédent dans les relations entre le Soudan et l'ONU, a provoqué des protestations tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du pays, soumis à une forte pression internationale pour accepter des Casques bleus au Darfour, où les Etats-Unis parlent d'un génocide de populations d'origine africaine.

"M. Pronk quitte aujourd'hui (lundi) le Soudan", a déclaré sa porte-parole, Radhia Achouri, ajoutant qu'il doit se rendre à New York pour des consultations avec le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. Les autorités soudanaises ont donné dimanche trois jours à M. Pronk pour quitter le pays, lui reprochant de s'"être ingéré dans les affaires des forces armées" et de nuire à leur moral.

Le 14 octobre, M. Pronk, représentant de M. Annan, avait écrit dans son blog personnel que l'armée soudanaise avait subi "deux défaites" au Darfour, ce qui avait rendu furieuse l'armée qui avait réclamé qu'il soit déclaré persona non grata. Les autorités soudanaises estiment que cette déclaration va dans le sens des pressions internationales visant à les contraindre à accepter une force de l'ONU dans cette région où quelque 200.000 personnes ont péri de la guerre et de ses conséquences humanitaires, depuis le début du conflit en 2003.

Dans un communiqué, M. Pronk, un diplomate néerlandais de 66 ans connu pour son franc-parler, a indiqué avoir été convoqué dimanche par le secrétaire d'Etat soudanais aux Affaires étrangères Ali Karti, qui lui a remis un message destiné à M. Annan indiquant qu'il avait été "mis fin" à sa mission au Soudan. En annonçant l'ordre d'expulsion, le ministère soudanais des Affaires étrangères a accusé M. Pronk de "cultiver une animosité envers le gouvernement et les forces armées, d'avoir abusé, à plusieurs reprises, de son pouvoir et d'avoir ignoré les contraintes de sa mission".

L'expulsion, qui semble être inspirée par les forces armées, continue d'être critiquée à l'étranger. Ainsi, La Commission européenne s'est dite lundi "très préoccupée". "C'est encore un élément de détérioration de la situation au Darfour", a déclaré Amadeu Altafaj, porte-parole du commissaire au Développement Louis Michel, estimant que "les Nations unies jouent un rôle clé qui devrait être renforcé". Dès dimanche, le secrétaire d'Etat britannique aux Affaires étrangères chargé de l'Afrique, Lord David Triesman avait déclaré que "le gouvernement britannique condamnait la décision d'expulser l'envoyé spécial représentant le secrétaire général de l'ONU au Soudan".

"Cette décision est contre-productive et ne contribuera en rien à résoudre les problèmes du Soudan. Je demande au gouvernement soudanais de reconsidérer sa décision", avait-il ajouté. Au plan intérieur, Yasser Arman, parole-parole du gouvernement autonome du Sud-Soudan a qualifié à partir de Juba l'expulsion de M. Pronk de "mauvaise décision" qui ne va pas améliorer les relations avec la communauté internationale concernant le conflit du Darfour.

Selon lui, cette décision peut aggraver la situation au Darfour et mettre en danger l'administration fédérale mise en place en 2005 à la suite d'un accord entre le Parti du Congrès national du président Omar el-Béchir et les anciens rebelles sudistes.