Soudan : le Conseil de sécurité crée une nouvelle Mission de maintien de la paix pour le Darfour

Onu

Centre De Nouvelles De L'onu, 31 Juillet 2007


A l'issue de plus d'un an de négociations, le Conseil de sécurité a adopté aujourd'hui, dans le cadre du Chapitre VII de la Charte, une résolution créant une nouvelle mission de maintien de la paix des Nations Unies, mission pour la première fois conjointe avec l'Union africaine, pour assurer la sécurité des populations et garantir les accords de paix au Darfour.

La résolution a été adoptée cet après-midi à New York, à l'unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité, et en présence du Secrétaire général, Ban Ki-moon (webcast).

La Mission est créée pour une durée initiale de 12 mois sous le nom de Mission conjointe des Nations Unies et de l'Union africaine (UA) au Darfour (UNAMID sous son acronyme anglais).

Composée en premier lieu du personnel de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) déjà sur le terrain et forte de quelque 7.000 hommes, la nouvelle Mission comportera au final 19.555 personnels militaires, dont 360 observateurs militaires et officiers de liaison, ainsi qu'une composante civile de 3.772 hommes au maximum et de 19 unités de police de 140 personnes chacune.

Ceci pour assurer la sécurité au Darfour, l'Etat du Soudan situé le plus à l'ouest, à la frontière du Tchad, de la Libye et de la Centrafrique, grand à peu près comme la France.

Depuis 2003, près de 200.000 personnes ont été tuées et près de 2 millions de personnes ont été déplacées par les combats entre groupes rebelles et l'armée soudanaises et par les attaques des milices janjawids contre la population. Aujourd'hui, près de 4 millions de personnes y dépendent de l'aide alimentaire internationale.

La résolution, parrainée par la France, le Royaume-Uni et la Slovaquie, établit qu'un siège opérationnel devra être établi au plus tard en octobre prochain, et qu'à cette date les arrangements financiers pour le soutien des troupes devront être finalisés.

Le déploiement final de la Mission est fixé, lui, au plus tard à décembre 2007. Aussi, le statut des forces devra être finalisé dans les 30 jours.

S'agissant du mandat de la nouvelle Mission, la résolution précise qu'il y aura « une chaîne de commandement unique », comme c'est la règle en matière de maintien de la paix, et qu'elle relèvera des Nations Unies.

Adoptée sous l'enseigne du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, qui autorise le recours à des mesures allant de sanctions au recours à la force pour en faire respecter ses dispositions, la résolution dispose que l'UNAMID est autorisée à prendre les mesures nécessaires pour « protéger son personnel, ses installations et équipements et pour assurer la sécurité et la liberté de mouvement de son propre personnel et des travailleurs humanitaires ».

Elle a aussi mandat de « soutenir la mise en oeuvre rapide de l'Accord de paix sur le Darfour, à prévenir toute entrave à sa mise en oeuvre » et à contrer « les attaques armées, et ainsi à protéger les civils, sans préjudice de la responsabilité du gouvernement du Soudan ».

L'UNAMID surveillera aussi le transfert d'armes au Darfour, en contravention des accords de paix et des embargos imposés.

A quelques jours d'un cycle de négociations à Arusha, en Tanzanie, pour convaincre les groupes rebelles qui n'ont pas signé l'Accord de paix du 5 mai 2006 à Abuja avec le gouvernement du Soudan, la résolution appelle une nouvelle fois « toutes les parties au Darfour à cesser immédiatement toutes les hostilités et à s'engager envers un cessez-le-feu permanent » (dépêche du 24.07.2007 ; sur l'Accord d'Abuja, (dépêche du 1.06.2006).

Elle demande aussi la cessation des attaques contre la MUAS, les civils et les personnels humanitaires.

Le texte, enfin, souligne « qu'il ne saurait y avoir de solution militaire au conflit au Darfour » et salue l'engagement du gouvernement soudanais et des autres parties à tenir des pourparlers.

« C'est un jour important pour le Darfour. Depuis trois ans, l'UA assume seule le fardeau du Darfour », a déclaré Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint au maintien de la paix devant la presse, à l'issue de la réunion du Conseil de sécurité.

« C'est une Mission sans précédent. Il n'y pas de précédent d'une Mission conjointe, comme l'UNAMID avec l'UA », a-t-il expliqué.

« Les arrangements financiers sont aussi sans précédents, puisque le coût des troupes de l'UA sera supporté par les Nations Unies ».

« Il y a maintenant une grande urgence », a estimé Jean-Marie Guéhenno, avant de préciser que les 26.000 personnels prévus ne seraient pas déployés du jour au lendemain.

En réponse à une question, Jean-Marie Guéhenno a précisé que la Mission coûterait dans un premier temps 2 milliards et demi de dollars. Ce sera « la plus grande et la plus coûteuse des opérations de maintien de la paix », alors que l'ONU a déjà déployé la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS), qui a pour mandat de préserver la paix au Sud-Soudan.

Lors de la séance d'aujourd'hui, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, en avait appelé au soutien de « tous les Etats », en particulier pour ce qui est des troupes et du personnel de police.

« Aussi fondamental sera le soutien sans équivoque et constant du gouvernement du Soudan », a dit le Secrétaire général.

« Si le gouvernement ne se montre pas de bonne foi dans son partenariat, l'opération échouera », a-t-il affirmé, avant de préciser que l'ONU avait les « mêmes attentes à l'égard des mouvements rebelles ».

Le Conseil de sécurité avait demandé en mars 2006 au Secrétaire général, « conjointement avec l'Union africaine, en consultation étroite et constante avec le gouvernement soudanais » et « les parties aux pourparlers de paix d'Abuja, dont le gouvernement d'unité nationale, de faciliter la planification préparatoire nécessaire pour un passage de la mission de l'Union africaine au Darfour à une opération des Nations Unies » (dépêche du 27.03.06).

Mais au long de l'année 2006, le Soudan s'est constamment opposé au déploiement d'une telle force, en dépit d'une résolution du Conseil de sécurité en arrêtant le principe et les modalités, adoptée l'été dernier (dépêche du 31.08.06).

Le Conseil de sécurité avait donc appuyé au mois de décembre 2006 le principe d'une force mixte (dépêche du 19.12.06).

A l'issue d'une visite d'une mission du Conseil de sécurité au Soudan, le gouvernement soudanais avait finalement accordé, le 18 juin dernier, son« acceptation sans condition » au déploiement de la force conjointe créée aujourd'hui (dépêche du 18.06.2007).