Khartoum rejette l'offre française de réunion sur le Darfour

Redaction

Reuters, 11 Juin 2007


Le Soudan a rejeté lundi la proposition française d'accueillir une réunion internationale à la fin du mois pour trouver une solution à la crise au Darfour.

Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol, a déclaré que son pays préférait attendre les résultats des efforts déployés par l'Union africaine et les Nations unies pour relancer les discussions de paix et réunir une force de maintien de la paix pour le Darfour.

"En ce moment précis, nous (...) attendons l'annonce de la feuille de route (...) nous ne voulons rien qui en détourne notre attention", a dit Akol à l'issue de discussions à Khartoum avec son homologue français Bernard Kouchner.

"Nous pensons que (...) le moment n'est peut-être pas propice pour cette réunion", a-t-il ajouté en soulignant que toutes les initiatives concernant le Darfour devaient s'inscrire dans le cadre de l'UA et de l'Onu.

Toutes les parties au conflit sont convenues que l'initiative conjointe de l'UA et de l'Onu en vue de relancer les discussions de paix et de fournir une force de maintien de la paix efficace était la meilleure solution.

Depuis l'arrivée au pouvoir du président Nicolas Sarkozy et la nomination à la tête de la diplomatie française de Bernard Kouchner, qui s'est dans le passé déclaré partisan d'un droit à l'ingérence humanitaire, Paris s'est davantage impliqué pour tenter de régler la crise au Darfour, région frontalière du Tchad, ancienne colonie française.

Sarkozy a annoncé la semaine dernière que les ministres des Affaires étrangères d'un "groupe de contact élargi" incluant les Etats-Unis, l'Egypte et la Chine, alliée du Soudan, se réuniraient le 25 juin à Paris pour tenter de trouver une issue à la crise.

L'aide financière française au Darfour reste modeste comparée à celle d'autres puissances européennes, avec 3,9 millions d'euros en 2006 et 2,5 millions d'euros cette année, selon des chiffres de l'Onu.

FINANCEMENT

Les opérations d'aide au Darfour nécessiteront 650 millions de dollars d'aide cette année et l'entretien d'une force de maintien de la paix de 7.000 hommes de l'UA coûte à lui seul 40 millions de dollars par mois.

Kouchner n'a pas voulu dire si la France augmenterait son aide au Darfour, soulignant que l'intérêt porté à une cause ne se résume pas à l'argent.

Washington qualifie les violences au Darfour de génocide, un terme réfuté par Khartoum et que les gouvernements européens préfèrent ne pas utiliser.

Des experts internationaux ont estimé à 200.000 le nombre de morts des suites de violences au Darfour, tandis que le Soudan avance un chiffre de 9.000 morts.

Des représentants de l'Onu, de l'UA et du Soudan étaient réunis lundi en Ethiopie pour étudier les modalités de déploiement d'une force hybride chargée de rétablir la sécurité au Darfour où les combats ont chassé 2,5 millions de personnes de chez elles en un peu plus de quatre ans.

Les discussions ont fait apparaître des divergences sur le commandement et le contrôle de cette force.

"Le commandement et les structures de contrôle doivent être fournis par les Nations unies. Les structures et le système, mais pas nécessairement le personnel", a dit Akol.

La force sera dirigée par un officier nigérian.

Le chef de la diplomatie soudanaise a ajouté que les discussions à Addis Abeba avaient porté sur le mandat de la force, son calendrier de déploiement ainsi que les effectifs et l'équipement nécessaires.

Il a exhorté le Conseil de sécurité à régler rapidement le financement de la force et à ordonner son déploiement au plus vite, dès que les modalités auront été arrêtées.

En visite à Paris, le président sénégalais Abdoulaye Wade a souhaité lundi que du temps soit laissé aux Africains pour trouver une solution au Darfour avant d'envisager d'imposer par la force un corridor humanitaire.