Darfour: Paris n'a pas présenté son idée de corridor à N'Djamena (Tchad)

Afp

Le Monde, 06 Juin 2007

Le ministre tchadien des Affaires étrangères Ahmat Allami a refusé mardi de commenter la proposition française de corridor humanitaire vers le Darfour (ouest du Soudan) à partir du Tchad, affirmant que Paris n'avait pas présenté formellement cette "initiative" à N'Djamena.

"Je me refuse à tout commentaire d'une initiative qui ne nous a pas été présentée de manière formelle", a déclaré à l'AFP le chef de la diplomatie tchadienne.

"Nous sommes ouverts à toute discussion qui va dans le sens de l'amélioration de la situation sécuritaire et humanitaire au Darfour et dans l'est du Tchad", a néanmoins souligné M. Allami.

Le 28 mai, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner avait indiqué que la France réfléchissait, pour venir en aide aux populations du Darfour, à la sécurisation d'"un corridor humanitaire à partir du Tchad", où sont stationnés un millier de soldats français épaulés par des avions de chasse et des hélicoptères, dans le cadre du dispositif Epervier.

Lundi, le Premier ministre tchadien Nourradine Delwa Kassire Coumakoye a estimé lors d'une conférence de presse à N'Djamena que le Tchad n'avait "pas besoin de corridor parce qu'il y a une coopération parfaite entre le Tchad, les organes des Nations unies et les organisations humanitaires".

Avant d'être nommé au ministère français des Affaires étrangères, M. Kouchner avait déjà préconisé l'ouverture d'un "corridor humanitaire" vers le Darfour pour sauver les civils, qui constituent la majorité des quelque 200.000 morts imputables à la guerre civile ayant éclaté en février 2003 dans cette province soudanaise et ayant également déplacé plus de deux millions de personnes.

Après avoir donné son "accord de principe" en novembre, le Tchad avait fait savoir fin février qu'il refusait le déploiement d'une force militaire que l'ONU souhaite envoyer à ses frontières avec le Darfour et la Centrafrique.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a exprimé fin mai son appui à un plan détaillé de l'ONU et l'Union africaine (UA) pour déployer au Darfour une force de paix conjointe de plus de 20.000 hommes, sous réserve de l'accord de Khartoum, qui a jusqu'ici refusé ce déploiement sur son territoire.

Le conflit au Darfour, qui oppose plusieurs groupes rebelles à l'armée soudanaise, appuyée par des milices qui s'attaquent aux civils, a déjà débordé au Tchad et en Centrafrique et menace de déstabiliser toute la région.

Plus de 120.000 Tchadiens ont été déplacés par les violences transfrontalières - prolongements du conflit du Darfour - qui se sont multipliées ces derniers mois dans l'est du Tchad, où sont déjà réfugiés plus de 200.000 Soudanais ayant fui le Darfour.