Darfour: Bush annonce de nouvelles sanctions américaines contre le Soudan

Redaction

Rfi, 29 Mai 2007

George W. Bush, exaspéré par "l'obstruction" d'Omar el-Béchir aux efforts pour ramener la paix au Darfour, a annoncé mardi de nouvelles sanctions américaines contre le gouvernement du Soudan qui a dénoncé en retour des "intentions belliqueuses".

En mettant à exécution ses menaces contre le gouvernement soudanais, le président américain bouscule l'ONU qui essaie de convaincre le président soudanais d'accepter une force onusienne de maintien de la paix et qui risque de s'alarmer d'un surcroît de pression sur le Soudan en ce moment.

"Les hommes et les femmes du Darfour ont trop longtemps subi les souffrances infligées par un gouvernement complice du bombardement, de l'assassinat et du viol de civils innocents. Mon administration a appelé ces agissements par leur nom: génocide. Le monde a la responsabilité d'aider à y mettre fin", a déclaré M. Bush. "Je fais cette promesse aux gens du Darfour: les Etats-Unis ne détourneront pas les yeux d'une crise qui représente un défi pour la conscience de la communauté internationale", a-t-il dit.

"Les décisions américaines cachent des intentions belliqueuses et signifient que l'Amérique ne veut pas voir la paix être établie au Darfour", a rétorqué un conseiller présidentiel soudanais, Majzoub al-Khalifa. "Alors que la collaboration entre le gouvernement du Soudan, l'Union africaine et les Nations unies progresse à une vitesse soutenue, l'Amérique choisit de naviguer à contre-courant ce qui révèle ses mauvaises intentions", a-t-il estimé.

M. Bush a annoncé le renforcement de sanctions déjà existantes: 31 nouvelles compagnies soudanaises vont être ajoutées à la liste de celles avec lesquelles les Américains sont interdits de toute transaction commerciale et financière et des sanctions vont aussi concerner deux hauts responsables gouvernementaux.

Interrogé sur cette annonce, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a réitéré le souhait de disposer d'un peu de temps pour mener à bien ses efforts diplomatiques. "J'ai besoin de plus de temps", a-t-il dit, espérant que "la communauté internationale puisse travailler de façon mutuellement positive".

La Chine, alliée du Soudan, a réagi négativement à l'annonce américaine, estimant que de nouvelles sanctions allaient "compliquer" l'affaire. Les sanctions accroîtront davantage la tension et ne régleront pas la crise du Darfour, ont également estimé l'Egypte et la Ligue arabe.

Le département d'Etat a appelé les pays européens, alliés de Washington, à suivre l'exemple des Etats-Unis. "Nous demandons à nos amis en Europe d'imposer les mêmes sanctions financières, soit par le biais de mécanismes mis en place par l'Union européenne, soit sur une base bilatérale", a déclaré le numéro deux du département d'Etat, John Negroponte.

La France tentera pour sa part de convaincre ses homologues du G8, mercredi à Potsdam, de venir en aide au Darfour en sécurisant "un corridor humanitaire à partir du Tchad", selon le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.

Le président américain a aussi indiqué qu'il allait pousser à l'adoption d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l'ONU imposant des sanctions. "Nous allons tenter d'avancer sur la résolution", a confirmé à New York l'ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, Zalmay Khalilzad, précisant qu'aucun calendrier n'avait été encore arrêté.

Le conflit qui oppose depuis février 2003 l'armée soudanaise et les milices janjawids à des groupes rebelles a fait plus de 200.000 morts, victimes de la guerre civile mais aussi de la faim et des maladies, selon l'ONU. Plus de deux millions de personnes ont été déplacées. Le Soudan conteste ces chiffres.