"Génocide" au Darfour: Washington monte le ton contre Khartoum

Redaction

Ap, 29 Mai 2007

Dénonçant le "génocide" au Darfour, le président américain George W. Bush a décrété mardi de nouvelles sanctions économiques contre une trentaine de sociétés contrôlées par le gouvernement soudanais. L'Union européenne s'est dite prête à envisager de nouvelles sanctions contre Khartoum. Et Bernard Kouchner, le nouveau chef de la diplomatie française, a suggéré d'ouvrir un couloir humanitaire depuis le Tchad voisin.

En quatre ans, plus de 200.000 personnes ont été tuées au Darfour, dans l'ouest du Soudan. Et 2,5 millions de civils ont fui les combats.

"Les Etats-Unis ne détourneront pas les yeux d'une crise qui (défie) la conscience du monde", a promis mardi George W. Bush. "Pendant trop longtemps, le peuple du Darfour a souffert sous le joug d'un gouvernement complice de bombardements, du meurtre et du viol de civils innocents", a-t-il accusé. "Mon administration a désigné ces actes par le mot qui leur convient: génocide", a rappelé le président américain. "Le monde a le devoir d'y mettre un terme."

Trente-et-une sociétés soudanaises sont désormais bannies du système bancaire américain: trente sont contrôlées par Khartoum, la dernière est soupçonnée de trafic d'armes. Trois Soudanais ont également l'interdiction de faire du commerce avec des sociétés ou des particuliers américains: le ministre des Affaires humanitaires Ahmad Muhammed Harun, accusé de crimes de guerre au Darfour par la CPI de La Haye; Awad Ibn Auf, le chef de la sécurité et du renseignement militaire; Khalil Ibrahim, le leader du Mouvement justice et égalité, un groupe rebelle qui rejette l'accord de paix.

Cet accord, signé en mai 2006, était censé mettre fin au conflit né trois ans plus tôt. En février 2003, des membres des tribus africaines du Darfour s'estimant victimes de discriminations se sont rebellés contre le gouvernement de Khartoum, à domination arabe. Les dirigeants soudanais sont soupçonnés d'avoir laissé le champ libre aux milices janjawid, l'idée étant d'écraser la rébellion par une campagne de meurtres, de viols, de mutilations et de pillages.

Cela fait un an que l'accord de paix a été signé et pourtant le président soudanais Omar el-Béchir "n'a pris aucune mesure pour désarmer ces milices", lui a reproché mardi George W. Bush.

Quelque 7.000 soldats de l'Union africaine sont déployés au Darfour, ce qui ne suffit pas. En novembre 2006, le président El-Béchir a accepté un plan de l'ONU visant à étayer cette force. En avril, il a donné son feu vert à l'envoi de 3.000 hommes des Nations unies (civils, policiers, militaires). Ce week-end cependant, il a répété son refus d'une force conjointe UA-ONU de 22.000 hommes. Pour lui, seuls des soldats africains doivent être déployés, la contribution de l'ONU devant se borner à un soutien technique et logistique.

"J'appelle le président El-Béchir à cesser son abstruction et à autoriser les forces de maintien de la paix à entrer afin de mettre un terme à une campagne de violences qui continue de cibler des hommes, des femmes et des enfants innocents", a tancé George W. Bush.

Le président américain a demandé à la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice de préparer un projet de résolution de l'ONU afin d'augmenter la pression international sur Khartoum.

"En principe, nous sommes disposés à étudier cela", a déclaré le chef de la diplomatie européenne Javier Solana, en marge de la conférence UE-Asie (ASEM) à Hambourg. Il a ajouté que la question serait évoquée lors d'une réunion mercredi des ministres des Affaires étrangères du G8 près de Berlin.

Paris a exprimé des réserves. "Il existe déjà un système de sanctions", a rappelé Denis Simonneau, porte-parole du quai d'Orsay. Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, qui avait réussi à ouvrir un couloir humanitaire au Kosovo lorsqu'il était administrateur civil de cette province serbe à majorité albanophone, a suggéré une solution identique pour le Darfour via le Tchad. Cela permettrait aux civils victimes du conflit d'avoir accès à l'aide humanitaire.