La terreur au quotidien au Darfour

Redaction

Ap, 27 Mai 2007

Au Darfour, dans l'ouest du Soudan, la violence est tristement banale, comme en témoigne le calvaire vécu récemment par sept femmes qui s'étaient aventurées en dehors de leur camp de déplacés pour ramasser du bois, espérant le vendre pour récolter de l'argent leur permettant de nourrir leurs familles. Au lieu de ça, dans une zone boisée où elles s'étaient risquées pendant quelques heures, elles ont été violées, battues et dévalisées.

Ces femmes, qui avaient collecté de l'argent pour louer un âne et une charrette, ont regagné comme elles pouvaient le camp de Kalma, nues, et complètement effondrées. "Pendant tout le temps que ça a duré, je pensais: ils tuent mon bébé, ils tuent mon bébé", gémit Aïcha, qui était alors enceinte de sept mois.

Les sept femmes n'ont aucun doute sur les auteurs de ces violences. Pour elles, les chameaux de ces hommes et les uniformes qu'ils portaient constituent une preuve: il s'agit de miliciens janjaweed, ces miliciens arabes accusés de terroriser les villageois, essentiellement des noirs, de la région soudanaise du Darfour.

Leur histoire, racontée à un journaliste d'Associated Press et confirmée par d'autres femmes et des travailleurs humanitaires dans le camp, donne un aperçu de l'enfer que le Darfour est devenu, alors que le gouvernement dominé par les arabes combat une rébellion entretenue par les problèmes de discrimination que vit toute une partie de la population.

Le conflit, qui est dans sa quatrième année, est devenu la pire crise humanitaire dans le monde, et le viol en est une des tragiques conséquences, selon l'ONU et d'autres militants des droits de l'homme.

Accusé de soutenir les milices, le gouvernement du Soudan assure qu'il n'arme pas, ni n'encourage les janjaweed, et se hérisse face aux allégations de viols, affirmant que la société soudanaise, conservatrice et musulmane, ne tolérerait jamais ça.

Khartoum a accepté le déploiement de 3.000 soldats de l'ONU chargés du maintien de la paix, mais pas des 22.000 mandatés par le Conseil de sécurité de l'ONU. Le déploiement pourrait prendre des mois et des villageois craignent que le gouvernement veuille se débarrasser de tous les témoins des atrocités avant l'arrivée des forces de maintien de la paix.

Depuis le début du conflit, plus de 200.000 civils sont morts et 2,5 millions sont sans-abri, sur une population de six millions de personnes au Darfour, selon l'ONU. Un rapport de la Cour pénale internationale (CPI), en février, a évoqué des "viols collectifs de civils qui n'auraient jamais participé à un conflit armé".

Kalma est un microcosme de la misère, un camp où quelque 100.000 réfugiés s'entassent dans des huttes en terre et des tentes rudimentaires en plastique. Les armes à feu y sont si nombreuses que les forces de maintien de la paix de l'Union africaine, dépassées, ont quitté les lieux depuis longtemps, incapables de protéger la population. Toute personne qui s'aventure hors du camp doit penser au risque que constituent les janjaweed, comme le prouve l'histoire d'Aïcha et de ses amies.

Au Soudan, comme dans beaucoup de pays musulmans, la société considère les violences sexuelles comme un déshonneur pour toute la famille de la femme concernée. "Les victimes peuvent être confrontées à un ostracisme terrible", souligne Mahan Muna, coordinateur de l'ONU sur cette question au Soudan.

Certains travailleurs humanitaires croient que les janjaweed ont recours aux viols pour intimider les rebelles, leurs partisans et leurs familles. "C'est une stratégie de guerre", précisait Mahan Muna lors d'un entretien réalisé récemment à Khartoum, la capitale.

Kalma n'est pas le seul endroit où l'on ait fait état de multiples viols au Darfour. A 190 kilomètres de là, dans la ville de Mukjar, des femmes auraient été conduites récemment dans une prison et violées pendant plusieurs heures par des janjaweed, selon les témoignages de deux hommes.