L'action humanitaire reste hasardeuse dans le Darfour ouest

Redaction

Afp , 24 Mai 2007

Malgré des efforts pour la faciliter, l'action humanitaire reste hasardeuse dans le Darfour soudanais, notamment sa partie occidentale, en raison de la persistance des violences, selon des responsables d'ONG travaillant sur le terrain.
"Hier encore, on a perdu un véhicule", dit l'un des humanitaires rencontrés à Geneina, capitale du Darfour-ouest, en marge de la visite d'une délégation africaine, qui refuse de s'identifier et évite de parler trop à la presse "pour ne pas ajouter aux difficultés".

Le groupe est venu rencontrer mercredi la délégation du Conseil de la paix et de sécurité (PSC) de l'Union africaine (UA). Il est reparti sans avoir exposé ses difficultés, la délégation ayant écourté sa visite.


Mais l'impression donnée par ces hommes est celle de l'extrême difficulté, dans cette zone du Darfour limitrophe du Tchad et de Centrafrique et pratiquement sans routes, d'accéder aux populations dans le besoin, sauf par hélicoptère, ce qui multiplie les coûts des opérations.

Fernando Arroyo, chef de l'antenne locale de l'Ocha (office de coordination de l'action humanitaire) de l'Onu résume les difficultés de tous. "Nous avons vu l'accès (aux personnes dans le besoin) dans l'ouest du Darfour se réduire au minimum ces derniers mois", dit-il à l'AFP.

Le brigandage, les combats ainsi que la tension entre le Soudan et le Tchad expliquent, selon lui, les récentes difficultés. "On ne peut plus atteindre des zones isolées et on ne peut plus avoir une vue d'ensemble des besoins des populations", ajoute M. Arroyo.

"Notre espoir est d'avoir une meilleure capacité de faire parvenir l'aide à une échelle plus grande, d'avoir un mécanisme pour observer les abus et pouvoir éventuellement les prévenir", poursuit-t-il.

Pour Warren Wright, responsable de l'ONG Britannique Helpage International, il y a un signe qui ne trompe pas sur la détérioration de la situation sécuritaire dans l'ouest du Darfour, qui compte au moins 150.000 déplacés.

"D'après ma propre expérience, je n'ai pas vu de déplacés retourner dans leurs villages. La population des déplacés dans et autour de Geneina est en train de gonfler en raison de l'insécurité", déplore cet humanitaire, l'un des rares à accepter d'être cité.

Dans l'ouest du Darfour, 25 ONG internationales et cinq nationales sont sur le terrain en dépit de la situation difficile, a indiqué M. Arroyo au moment où son chef, le coordinateur humanitaire pour le Soudan, Manuel Aranda da Silva, relevait à Khartoum les mêmes entraves à l'action humanitaire dans le Darfour.


"Malgré la signature de l'accord de paix (en mai 2006), l'environnement sécuritaire au Darfour reste difficile et ce n'est un secret pour personne", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Le gouverneur du Darfour-ouest, Abou al-Qassem Imam, n'a pas caché devant la délégation africaine qu'il était difficile d'"assurer la sécurité à 100%". Même s'il a dit s'attendre à des "répercussions positives" de l'accord entre le Soudan et le Tchad sur la sécurisation des frontières passé en Arabie saoudite, dans le but d'empêcher les infiltrations de rebelles de part et d'autre.

Pour leur part, le gouvernement soudanais et les humanitaires ont constaté en se rencontrant le 21 mai, des progrès dans la facilitation des démarches administratives, comme la délivrance de visas et de meilleurs délais pour les procédures douanières, pour les humanitaires, qui ont fait l'objet d'un récent accord entre les deux parties.