Sénégal: Radioscopie d'une guerre économique, de bons sentiments, mais toujours pas de paix

Amadou Fall

Le Soleil , 08 Mai 2007

D'une conférence internationale sur le Darfour à l'autre, comme récemment à Tripoli, l'on s'émeut encore et encore de l'affreuse guerre qui prévaut dans cette région occidentale du Soudan, depuis le printemps 2003.

Mais, malgré les condamnations fermes et les bons sentiments émis çà et là contre les tueries et exactions dont les populations locales sont victimes, malgré les onze résolutions à ce jour prises par le Conseil de sécurité de l'Onu contre ces atrocités, la présence sur le terrain des forces de paix de l'Union africaine et l'accord de paix paraphé à Abuja, le 5 mai 2006, le Darfour continue de s'enfoncer dans une spirale de violences qui semble sans fin.

Selon le rapport rendu public, le 12 mars dernier, par le Conseil des droits de l'Homme de l'Onu et qui conforte les accusations de « crimes de guerre » et de « crimes contre l'humanité » à l'encontre des autorités soudanaises, la guerre qu'elles orchestrent et mènent au Darfour a fait, en l'espace de quatre années, au moins 200.000 morts - 400.000 selon d'autres sources - et plus de 2 millions de personnes déplacées. Passée la brève accalmie qui a suivi l'accord d'Abuja, le temps que la seule faction signataire, le Mouvement de libération du Soudan (MLS), tendance Minni Arkou Minawi, se range avec armes et bagages aux côtés du président Omar el-Béchir, les attaques de grande envergure ont repris de plus belle.

Tel que décrit, le modus operandi est le même qu'au tout début du conflit, à la seule différence que l'armée régulière soudanaise, en plus des mercenaires djanjawids, a trouvé des renforts de taille auprès des ex-rebelles sous la férule de Minni Minawi. Les populations civiles du Darfour n'en sont que plus meurtries, par les bombardements par avions de leurs villages suivis d'attaques au sol par l'armée régulière et les milices inféodées laissées au libre cours de leurs instincts les plus sordides.

La Mission de l'Union africaine au Soudan (Muas) en témoigne, pour avoir régulièrement informé l'Ua et l'Onu que les miliciens à la solde de Khartoum tuent et pillent dans le Darfour occidental, en toute impunité, avec la bénédiction et l'appui des autorités politico-militaires soudanaises.

La force de maintien de la paix de l'Union africaine n'est elle-même pas épargnée par ces exactions. Durant les trois premières semaines d'avril, neuf de ses soldats, dont cinq ressortissants sénégalais, ont été tués dans une série d'attaques délibérées. L'on doit à la vérité de souligner en le déplorant, qu'avec leurs 7.000 soldats, sans grands moyens ni mandat approprié, les troupes de l'Ua déployées dans l'immensité du Darfour, sont dans une position d'extrême vulnérabilité qui ne leur permet guère d'assurer leur propre sécurité, à plus forte raison celle des populations civiles et des travailleurs humanitaires qui tentent de leur apporter aide et assistance.

Franchement révoltées par cet état de fait longtemps déploré sans qu'une solution idoine ne lui soit apportée, les autorités sénégalaises, suite à la perte de cinq de leurs soldats dans des conditions inacceptables, ont et à juste raison, menacé de retirer leur contingent de la Force de maintien de la paix de l'Union africaine, si cette dernière ne venait pas à disposer de moyens et d'un mandat lui permettant d'assurer, adéquatement, sa propre défense et sa mission au Darfour.

Menace de retrait des troupes de l'Ua

L'interpellation sénégalaise, légitimement faite à l'Union africaine et, par-delà elle, à la Communauté internationale, n'est pas restée lettre morte. Elle a été un des facteurs accélérateurs de l'adoption de l'accord intervenu entre le gouvernement soudanais, l'Union africaine et les Nations unies sur la mise en Å"uvre des dispositions du module d'appui lourd, en application de la phase 2 du Plan initié par Kofi Annan, accepté, en novembre 2006, par les parties prenantes et qui devrait, à terme, être parachevé par la mise en place au Darfour d'une force hybride Union africaine-Nations unies d'environ 20.000 hommes. Khartoum a même donné son accord au déploiement de quelque 3.000 personnels de l'Onu en soutien à l'actuelle force de l'Ua au Darfour. Mais l'envoi de la mission hybride Ua-Onu, exigée par la Communauté internationale et notamment les Etats-unis, est encore loin de l'agréer.

Toujours est-il que, en réaction aux pressions internationales qui se sont intensifiées, courant avril, avec notamment la menace de Washington de leur imposer de lourdes sanctions si elles ne mettaient pas fin aux violences dans la région du Darfour, les autorités soudanaises ont annoncé, le 23 avril, qu'elles s'abstiendront, pendant deux mois, d'y mener des opérations militaires.