Darfour : un an après Abuja, les rebelles non signataires en quête d’union

Redaction

Senactu, 07 Mai 2007

Un an après les accords d’Abuja, les rebelles soudanais du Darfour qui ont refusé de parapher le texte peinent toujours, malgré la pression de la communauté internationale, à unifier leurs positions en vue de lancer de nouvelles négociations avec le gouvernement de Khartoum.

"Pour la paix comme pour la guerre, il est important d’être unifié, le pouvoir est dans l’unification", explique à l’AFP à N’Djamena le président du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE), le Dr Khalil Ibrahim.

"Il y a quelques mois, nous avons battu le gouvernement du Soudan sur le terrain parce que nos armées ont travaillé de concert. Mais nous avons aussi été battus autour de la table des négociations à Abuja, parce que nous étions divisés", a ajouté le chef rebelle. "C’est pour cela que de nombreux leaders sont aujourd’hui ici à N’Djamena, pour trouver une solution".

Le 5 mai 2006, seule la faction du Mouvement de libération du Soudan (MLS) emmenée par Mini Minawi a signé l’accord de paix d’Abuja avec le régime du président Omar el-Bechir. Les autres rebelles, dont le MJE et les dissidents du MLS conduits par Abdul Wahid al-Nour, ont refusé.

Deux mois plus tard, ces non-signataires se sont réunis à Asmara sous l’égide de l’Erythrée pour former un mouvement unique. Mais seule une partie d’entre eux s’est regroupée sous la bannière du nouveau National Redemption Front (NRF).

Depuis, les discussions en vue de leur unification n’ont pas avancé d’un pouce. La faute, selon le Dr Khalil, à l’éclatement de la faction du MLS qui a refusé de parapher l’accord d’Abuja.

"Nous attendons que le MLS s’unisse ou se réunisse pour pouvoir dialoguer avec eux", affirme le Dr Khalil. "Nous ne pouvons pas commettre les mêmes erreurs que par le passé et revenir fragmentés à la table des négociations (...) si ces divisions continuent, le MJE ira négocier seul", menace-t-il.

Depuis près de deux mois, la plupart des commandants "non-signataires" du MLS sont réunis dans la région d’Amaraï, dans le nord du Darfour, pour tenter de taire leurs différences. Jusque-là sans grand succès.

"La réunion d’Amaraï visait à unifier le MLS sous un nouveau leadership. Mais elle a été infiltrée par des agents des gouvernements soudanais et américain", dénonce Abdallah Rhamis, l’un des nombreux responsables du MLS, qui a refusé d’y participer.

"Les rebelles du Darfour sont divisés par leur ethnie, leur région d’origine, leur idéologie lorsqu’ils en ont une et ils ont des ego plus grands qu’eux, plus grands même que l’armée qu’ils pensent pouvoir déployer sur le terrain", analyse un observateur.

En outre, précise-t-il, "les médiateurs dans le conflit du Darfour sont eux aussi divisés et poussent chacun dans un sens différent". Et de citer les deux initiatives de médiation en cours, celle engagée par l’Erythrée, le Tchad et la Libye concurrençant directement celle menée par les Etats-Unis, les Nations unies et l’Union africaine (UA).

"Ils vont devoir travailler ensemble pour espérer résoudre la crise", estime cet observateur. "C’était l’un des enjeux de la rencontre à Tripoli de toutes les parties prenantes de la communauté internationale sur la question du Darfour il y a quelques jours : réconcilier l’initiative régionale et l’initiative internationale", conclut-il.

En plus de réaffirmer la nécessité du déploiement d’une force mixte ONU-Union africaine pour pacifier le Darfour, cette conférence a insisté le 29 avril sur la "poursuite des efforts actuels visant à unifier les positions des parties non signataires" de l’accord d’Abuja.