Darfour: un an après l'accord d'Abuja, la paix reste inachevée

Redaction

Afp, 05 Mai 2007

Un an après la signature de la paix au Darfour, la violence n'a pas reculé dans l'ouest du Soudan, qui continue de concentrer l'attention du monde et de donner lieu à une imposante opération humanitaire.
Contrairement à l'accord dans le sud du Soudan entre deux partenaires bien définis -le parti au pouvoir du président Omar el-Béchir dans le nord et la rébellion sudiste-, celui du Darfour est né avec une "malformation congénitale", selon l'expression d'un diplomate occidental basé à Khartoum.

C'est que ce texte, pourtant longuement discuté, n'a été signé le 5 mai 2006 à Abuja, au Nigeria, que par un seul groupe rebelle sur trois, et les deux derniers se sont depuis scindés en une kyrielle de sous-groupes et de factions.

Et il ne se passe pas un jour sans que le Darfour, une région aussi vaste que la France, ne connaisse des violences: raids rebelles et représailles gouvernementales, luttes intertribales, attaques contre les humanitaires et contre la Force africaine de 7.000 hommes déployée sur le terrain.

Le tribut payé par les civils est lourd: quelque 200.000 victimes directes du conflit déclenché en 2003 et de ses conséquences et 2 millions de déplacés, qui mobilisent une formidable opération d'assistance d'un milliard USD par an impliquant 13.000 humanitaires travaillant dans des conditions difficiles.

La situation au Darfour est une pomme de discorde entre les autorités soudanaises et la communauté internationale, un foyer de tension régionale et un terrain d'ingérence des puissances voisines.

Malgré ce tableau sombre, certains acteurs de la crise trouvent des raisons d'espérer une évolution positive en 2007 en s'appuyant sur les résultats d'une intense activité diplomatique pour arrêter les combats entre rebelles issus des populations noires locales et des milices arabes appuyées par l'armée.

"L'accord d'Abuja constitue une base solide" pour un règlement, constate ainsi Noureddine Mezni, porte-parole de la mission africaine (Amis) au Soudan, estimant possible de "bâtir là-dessus" pour satisfaire tout le monde.

L'accord, très détaillé, porte sur un partage du pouvoir et des richesses entre rebelles et autorités et fixe les étapes d'un retour à la normale avec notamment des dispositions très précises sur le désarmement.

L'autre élément justifiant les espoirs est le nouveau partenariat entre les Nations unies et l'Union africaine (UA) décidé en novembre 2006 à Addis Abeba.

Ce partenariat s'articule sur deux axes: améliorer la sécurité sur le terrain, d'où l'idée d'une opération conjointe au Darfour, et la relance des contacts politiques pour amener les non-signataires à adhérer à l'accord.

Les émissaires de l'ONU et de l'UA, Jan Eliasson et Salim Ahmed Salim, chargés du volet politique, reviennent à Khartoum dans les prochains jours pour leur troisième mission en quelques mois.

Le Soudan a accepté un renfort de 3.000 soldats à la Force africaine qui sera financé par l'ONU, même s'il résiste encore à une force hybride de 20.000 hommes voulue par la communauté internationale, notamment les pays occidentaux.

Enfin, le climat se détend entre le Soudan et le Tchad, qui viennent de se réconcilier en Arabie saoudite et qui s'engagent à ne plus soutenir leurs rébellions respectives.

"C'est un élément très important car tout rapprochement entre les deux pays ne peut que profiter à un règlement au Darfour", estime M. Mezni, disant espérer que "2007 sera la bonne année" pour la fin de la crise.

Reste qu'il faut réunir les rebelles non-signataires de la paix pour des discussions avec le gouvernement. C'est ce que propose de faire le leader sudiste soudanais Salva Kiir dans sa capitale de Juba, et il semble y croire.