L'Afrique n'a pas donné à l'UA les moyens de sa mission au Darfour

Afp

Le Monde, 12 Avril 2007

L'Afrique "n'a pas donné à l'Union africaine (UA) les moyens nécessaires" à sa mission de paix au Darfour, région de l'ouest du Soudan où cinq soldats sénégalais ont été tués le 1er avril, a affirmé jeudi le gouvernement sénégalais, qui a menacé de retirer ses troupes.

"L'Afrique n'a pas donné à l'Union africaine tous les moyens nécessaires à l'exercice de sa mission. Nous estimons que le continent n'a pas été conséquent avec ceux qui ont mis leur vie en danger au Darfour", a déclaré le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, lors d'une conférence de presse à Dakar.

"Nous estimons que le gouvernement du Soudan et les forces rebelles (...) n'ont pas respecté leur part des accords qui ont été signés", a ajouté M. Gadio, fustigeant les "tergiversations" du gouvernement de Khartoum.

"Si, dans les semaines à venir, le gouvernement du Soudan n'accepte pas d'être conséquent avec ses engagements et de comprendre le point de vue de l'UA, nous allons retirer nos troupes parce que ce qui est arrivé récemment est inacceptable", a-t-il ajouté, dans une allusion aux cinq soldats sénégalais de la Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS) tués dans une attaque le 1er avril.

L'armée sénégalaise avait accusé la rébellion de l'Armée de libération du Soudan (SLA) d'être responsable de l'attaque.

Le ministre Gadio a également indiqué qu'un autre soldat sénégalais de l'AMIS était décédé jeudi d'une "crise cardiaque". Ce soldat ne se trouvait pas dans une zone de combat au moment de son décès.

Dans un communiqué du gouvernement reçu auparavant par l'AFP, le Sénégal avait annoncé qu'il "pourrait envisager le retrait de son contingent" de l'AMIS "si l'UA n'est pas dotée de moyens pour assurer convenablement la sécurité des contingents déployés sur le terrain."

Exigeant une "enquête approfondie" sur l'attaque mortelle contre les soldats sénégalais, le gouvernement avait également "regretté le retard pris par le déploiement de l'opération hybride (combinaison de forces de l'UA et de l'ONU) que le gouvernement soudanais avait pourtant approuvé avant de le remettre en cause."

Un contingent sénégalais de plus de 500 hommes est déployé depuis janvier 2005 au Darfour au sein de l'AMIS, qui compte quelque 7.000 soldats, pour l'instant mal équipés et sous-financés.

Un accord conclu le 16 novembre prévoyait un déploiement en trois phases de soldats de l'ONU, mais Khartoum s'oppose à la troisième phase, demandant que l'UA garde le commandement de la force de paix.

La troisième phase, qui doit encore être discutée, prévoit le déploiement d'une force conjointe ONU-UA de 20.000 hommes censée sécuriser le Darfour, où un conflit oppose depuis plus de quatre ans des rebelles issus des populations noires locales et des milices arabes appuyées par l'armée soudanaise.

La guerre civile au Darfour et ses conséquences ont fait 200.000 morts dans la population en un peu plus de quatre ans et 2 millions de déplacés, selon des organisations internationales. Le Soudan conteste ces chiffres.