Darfour: Negroponte met le Soudan devant le choix de collaborer ou s'isoler

Redaction

Jeune Afrique, 16 Avril 2007


Le numéro deux de la diplomatie américaine, John Negroponte, a mis lundi le Soudan devant le choix d'aider à améliorer la situation au Darfour ou de s'exposer à l'isolement sur la scène internationale.

Pour M. Negroponte, qui terminait sa première visite au Soudan, il y a un besoin urgent d'une "importante" force hybride entre l'ONU et l'Union africaine (UA) au Darfour, d'un meilleur accès des humanitaires aux populations sinistrées et d'une relance de la recherche d'une solution politique.

Le numéro deux de la diplomatie américaine a fait ce constat le jour même où les Nations unies s'apprêtaient à des consultations avec l'UA à New York sur les moyens de progresser sur le dossier du Darfour, un "sujet de préoccupation majeur pour la communauté internationale", selon les termes de M. Negroponte.

Le Soudan, l'ONU et l'UA se sont mis d'accord la semaine dernière à Addis Abeba sur la deuxième phase de soutien de l'organisation internationale à la Force africaine au Darfour, mais Khartoum a objecté au déploiement de six hélicoptères d'attaque avec les renforts attendus de quelque 3.000 hommes.

"Nous devons aller rapidement vers une large force hybride avec une chaîne de commandement unique qui soit conforme aux critères et pratiques de l'ONU", a déclaré M. Negroponte, qui a été reçu dans la nuit par le président soudanais Omar el-Béchir, sans évoquer précisément la deuxième phase de soutien.

L'ONU espère parvenir à une force de 20.000 soldats au Darfour prévus par la troisième phase qui n'a pas encore été négociée. L'objectif est de se donner les moyens de sécuriser cette région de l'ouest du Soudan où la guerre et ses conséquences ont fait 200.000 morts et 2 millions de déplacés, selon une estimation généralement admise mais qui est contestée par le Soudan.

La Force africaine de 7.000 hommes s'est révélée incapable de le faire faute d'hommes et de moyens. Elle vient de perdre son 7ème soldat depuis début avril et le 17ème depuis son déploiement en 2004.

"Le gouvernement soudanais doit désarmer les Janjawids, la milice arabe dont nous savons tous qu'elle n'aurait pas pu exister sans son soutien actif", a ajouté M. Negroponte, demandant par ailleurs aux non-signataires de l'accord de paix au Darfour de 2006 de cesser leurs attaques.

"Une transition rapide vers une force hybride ONU-UA, une amélioration de l'accès des humanitaires (aux populations dans le besoin) et un soutien à l'Autorité transitoire du Darfour peuvent améliorer la situation au Darfour et ouvrir la voie à de meilleures relations entre le Soudan et la communauté internationale", a-t-il estimé.

Selon lui, "l'histoire du Soudan quand il s'agit de faciliter le travail des humanitaires n'est pas encourageant" et les Etats-Unis vont suivre de près la manière dont est appliquée un récent accord entre Khartoum et l'ONU pour améliorer les conditions de travail des ONG au Darfour.

M. Negroponte a rappelé que son pays, avec plus de 2 milliards de dollars depuis 2005, est le plus gros contributeur à l'action humanitaire au Darfour, où, a-t-il dit, le nombre de déplacés est plus important actuellement que lors de la signature de la paix en 2006 entre Khartoum et un seul groupe rebelle.

"Si ces progrès ne sont pas réalisés, le Soudan n'aura pour alternative que le maintien et probablement l'accentuation de son isolement international", a averti M. Negroponte, en évitant de s'exprimer sur les sanctions supplémentaires contre le Soudan que Washington a décidé de suspendre en attendant les consultations qui débutent ce lundi sur le Darfour à l'ONU.