Persistance de la guerre au Darfour, hypocrisies et complicités

Cheick Beldh'or Sigue

All Africa, 13 Avril 2007

Passée pour le principal soutien de Khartoum au Conseil de sécurité des Nations unies, la République populaire de Chine est accusée de faire preuve de mansuétude coupable à l'égard du Soudan pour protéger ses intérêts économico-pétroliers dans le pays.

Mais la responsabilité de la catastrophe humanitaire actuelle n'incombe pas qu'à l'Empire du Milieu. Il faut y voir d'autres soutiens plus ou moins inavoués, notamment ceux des Etats-Unis. Comme l'a dit l'autre, la lutte contre le terrorisme sur le territoire américain est la première priorité des Américains, les droits de l'homme des Soudanais ne figurant qu'en fin de liste. Et si Bush a obtenu le soutien de Khartoum contre le terrorisme, cela n'est pas rien. Washington peut ainsi non seulement modeler le pays de Omar el-Bechir en fonction des besoins de son ordre mondial, mais aussi assurer sa part du gâteau pétrolier sur le sol soudanais. Et puis, que dire de la France qui s'est, des fois, mise dans une posture quelque peu ambiguë, si l'on en juge notamment par les réserves émises par Matignon, en mars dernier, quant à l'utilité d'une nouvelle résolution de l'Onu sur le Darfour ? Que peut craindre, en réalité, le président soudanais Omar el-Bechir, qui reste assuré que l'Occident mettra difficilement à exécution ses menaces tant que ses rapports avec lui seront guidés par les intérêts bien compris ? Sinon, comment comprendre que, jusqu'à présent, le Soudan puisse tenir tête à la communauté internationale, par sa totale aversion à l'envoi de Casques bleus dans sa partie occidentale, malgré les multiples pressions ?


Comment comprendre que cette même communauté internationale soit, jusque-là restée impuissante, timorée, louvoyante face au drame ? Hypocrisies et complicités sur fond d'intérêts géostratégiques et économiques, voilà qui complique le drame soudanais ! En tout cas, il est difficile d'admettre que la menace à la souveraineté du Soudan soit brandie comme argument suffisant pour laisser continuer le massacre.

Le Libéria, la Sierra Leone, la Somalie, etc., n'étaient-ils pas des pays souverains au moment où ils subissaient de vigoureuses ingérences ? Alors, pourquoi pas le Soudan ?