Le président sud-africain Mbeki à Khartoum sur fond de crise soudano-tchadienne

Redaction

Afp, 10 Avril 2007

La crainte d'une escalade au Darfour s'est vérifiée avec des combats soudano-tchadiens alors que l'Afrique du sud, après la Chine, tente de convaincre Khartoum d'accepter un soutien international à la force africaine dans cette zone en guerre qui alimente les tensions régionales.
Le président sud-africain Thabo Mbeki, arrivé mardi à Khartoum, va plaider auprès des dirigeants soudanais de la nécessité du renforcement de l'actuelle force de paix africaine au Darfour (Amis) par des Casques bleus de l'ONU.

Mais un responsable soudanais, le ministre d'Etat aux Affaires étrangères, Sammani al-Wassila, a exclu des pressions sud-africaines sur le Darfour alors que l'entourage de M. Mbeki a indiqué qu'une bonne partie de la visite de deux jours sera consacrée au sud-Soudan où la paix a été signée en janvier 2005.

La visite a été précédée lundi par des combats entre armées soudanaise et tchadienne dans la zone frontalière où les rebelles des deux pays sont actifs.

Khartoum et N'Djamena se sont mutuellement accusés de la responsabilité de ces combats, le Soudan disant avoir repoussé une attaque de l'armée tchadienne sur son territoire et le Tchad affirmant y avoir poursuivi des rebelles.

Le bilan semble être lourd, le Soudan reconnaissant la perte de 17 soldats et le Tchad faisant état de 30 tués des deux côtés, ce qui ne manquera pas de peser sur les relations déjà compliquées entre les deux parties.

Pretoria avait souligné que la visite de M. Mbeki s'inscrivait "dans la priorité de l'Afrique du Sud à encourager l'entière application de l'accord entre l'Union africaine (UA) et l'ONU sur le déploiement d'une force hybride au Darfour".

Comme la Chine, l'Afrique du Sud va tester le Soudan sur ses réticences à une force hybride où l'ONU viendrait renforcer au Darfour les soldats africains au nombre de 7.000 jugés incapables de sécuriser l'ouest du Soudan.

La Chine, souvent accusée de laxisme envers le Soudan avec lequel elle partage de forts intérêts économiques, vient de conseiller à Khartoum d'accepter l'accord UA-ONU qui, s'il est appliqué, aboutira à cette force de quelque 20.000 hommes.

"La Chine apprécie les efforts du Soudan pour ramener la paix au Darfour mais espère plus de souplesse sur le plan Annan", du nom de l'ancien secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a déclaré lundi un émissaire chinois Zhai Jun.

"Il n'y a pas de contradiction fondamentale entre les craintes soudanaises (d'une intervention extérieure) et le plan Annan", a estimé M. Zhai, un haut responsable des Affaires étrangères, après une visite de trois jours au Soudan.

Le même jour, le Soudan discutait à Addis Abeba avec l'ONU et l'UA la mise en oeuvre du plan Annan: un soutien en trois phases à l'Amis.

Le commissaire à la paix et la sécurité de l'UA, Saïd Djinnit, a annoncé à l'issue de la première journée de discussion que le Soudan avait donné son accord à la deuxième phase.

Un membre de la délégation onusienne a estimé que cet accord "est très important mais que nous ne sommes qu'au milieu du processus", le Soudan n'ayant pas encore donné son accord pour la troisième phase, décisive.

La presse soudanaise de mardi croit savoir que la deuxième phase consiste à déployer au Darfour quelques milliers de fonctionnaires de l'ONU et un financement de 300 millions de dollars.

La première phase, en cours d'achèvement, prévoit l'envoi de dizaines de conseillers de l'ONU au Darfour et un soutien logistique à l'Amis.

Le Soudan dit qu'il ne peut accepter, avec la troisième phase, que le commandement de l'Amis échappe, avec une arrivée massive de Casques bleus, à l'UA.

Pour lui, cela constituerait une intervention occidentale déguisée au Darfour, où la guerre et ses conséquences ont fait 200.000 morts et 2 millions de déplacés, selon des organisations internationales, ce que conteste Khartoum.