Ballet diplomatique sur le Darfour et la crise Soudan-Tchad

Redaction

Afp, 12 Avril 2007

Des personnalités étrangères de premier plan défilent à Khartoum pour convaincre le Soudan d'accepter des forces de l'ONU au Darfour et tenter d'apaiser la crise entre ce pays et le Tchad après un accrochage meurtrier entre leurs armées.
Le secrétaire d'Etat adjoint américain, John Negroponte, arrivé jeudi soir dans la capitale soudanaise est la dernière de ces personnalités.

M. Negroponte doit presser les responsables soudanais d'accepter une force hybride de l'ONU et de l'Union africaine (UA) dans cette région de l'ouest du pays en guerre civile et qui alimente les tensions entre le Soudan et le Tchad.

"La situation tragique de la crise humanitaire au Darfour est une chose qui préoccupe tous les Américains et c'est une question à laquelle l'administration consacre un temps et des ressources considérables", avait-il déclaré avant sa tournée africaine commencée à Khartoum.

M. Negroponte se rend vendredi à Juba, capitale de la région semi-autonome du sud Soudan où la paix est revenue après un conflit avec le nord de plus de vingt ans, à la suite de la signature d'un accord en janvier 2005.

Il visitera samedi le Darfour et aura des entretiens dimanche avec les responsables à Khartoum. Une rencontre avec M. Béchir n'a pas encore été confirmée.

Il se rendra ensuite au Tchad, en Libye et en Mauritanie.

Sa visite intervient au lendemain d'une décision des Etats-Unis de repousser des sanctions unilatérales contre le Soudan pour donner le temps au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, d'envoyer des Casques bleus au Darfour.

M. Ban avait demandé un délai supplémentaire de deux à quatre semaines pour faire pression sur le gouvernement de Khartoum afin qu'il lève son opposition à l'envoi de quelque 20.000 soldats dans la région.

Le Soudan, l'ONU et l'UA viennent de se mettre d'accord à Addis Abeba sur la deuxième phase de soutien de l'ONU à la force africaine de 7.000 hommes au Darfour mais Khartoum refuse que les renforts, quelque 3.000 hommes selon la presse soudanaise, soient équipés d'hélicoptères d'assaut.

Mais, la troisième qui verrait la naissance d'une force hybride n'a pas encore été négociée.

La force africaine a du mal à sécuriser le Darfour où 200.000 personnes sont mortes du conflit en plus de quatre ans et 2 millions ont été déplacées, selon des organisations internationales, ce que conteste Khartoum.

Le président sud-africain Thabo Mbeki, arrivé mardi à Khartoum pour plaider en faveur de la force hybride, s'était retrouvé au beau milieu de la crise soudano-tchadienne.

M. Béchir a dit mercredi compter sur lui pour contenir la tension avec le Tchad, déclarant que "M. Mbeki a toujours entretenu des contacts avec le Tchad sur les moyens de contenir la tension entre nos deux pays et ces contacts se poursuivent".

Lundi, une incursion de soldats tchadiens au Soudan à la poursuite de rebelles a donné lieu à des affrontements avec des soldats soudanais, qui ont fait des dizaines de morts et de blessés des deux côtés.

La Libye a lancé de son côté une médiation entre les deux pays et le numéro deux de sa diplomatie, Ali Abdel Salam Triki, s'est montré optimiste jeudi.

"J'espère que les deux pays vont respecter ce qui a été convenu en ce qui concerne la présence d'observateurs libyens, érythréens, soudanais et tchadiens à la frontière", a déclaré M. Triki, après avoir rencontré M. Béchir.

Il a ajouté que certains d'entre eux sont déjà en place sans dire combien.

M. Béchir a assuré que son pays "respecte l'accord de Tripoli sur l'amélioration des rapports avec le Tchad" mais avant lui, des responsables soudanais ont soufflé le chaud et le froid, certains disant que Khartoum se réserve le droit de riposter à l'"agression tchadienne" et d'autres plaidant pour la retenue.

Mercredi à N'Djamena, M. Triki a déclaré que que le président tchadien Idriss Deby Itno était disposé à améliorer ses relations avec le Soudan.