Les Darfouriens jouissent mieux dans les camps

Alexandre T. Djimeli A Otach Et à Sereif

All Africa, 04 Avril 2007

Les camps de déplacés sont construits dans des espaces déserts. Mais les pensionnaires affirment qu'ils vivent mieux que dans les villages, même en temps de paix. Découverte dans le Sud-Darfour.

Il n'est que dix heures du matin. Mais le soleil projette déjà de violents rayons sur Otach. Ce camp de déplacés est situé à trois kilomètres de Nyala, la capitale de l'Etat fédéré du Sud-Darfour (Soudan). La route qui y mène ne se distingue pas formellement du reste de l'espace. Ici, pas d'herbe qui vive ! C'est une terre sablonneuse s'étendant à perte de vue. On ne trouve des touffes d'herbes jaunies et quelques rares arbustes que par endroits. En ce mois de mars, la sécheresse est au zénith. Et ce n'est pas tout de suite qu'il faut espérer une pluie providentielle. Dans toute la région occidentale du Soudan en effet, il ne pleut qu'en juillet, août, septembre et, accidentellement, octobre.


Malgré tout, environ 33.000 personnes vivent aujourd'hui dans le "désert" d'Otach. Ils ont quitté leurs villages, parfois situés à près de 200 km de Nyala, pour échapper à la misère et à la guerre civile de l'Ouest du Soudan (Darfour ) depuis quatre ans. A mesure que l'on avance, des cases de déplacés émergent. Il s'agit de cagibis à la base ronde ou carrée dont le diamètre ou le côté dépasse difficilement trois mètres. Les mûrs sont élevés avec des piquets généralement revêtus de paille. Sur les toits, sont posées des bâches offertes par des organisations humanitaires.

A force d'être exposées aux intempéries les plus cruelles, certaines cases se sont déjà transformées en haillons. "En saison de pluies, les humanitaires leur apportent des papiers imperméables pour recouvrir leurs toits", confie Mahamat Ahmat Mahamat Ali, le guide circonstanciel. Entre les habitations, l'on découvre les structures sociales. Ahamat Abdouraman, chef du village Otach dont le nom a été attribué au camp, dénombre "trois centres de santé, sept écoles, cinq terrains de jeux, trois marchés, plusieurs points d'eau, etc." A en croire les responsables de la Commission d'aide humanitaire, tous les camps sont ainsi organisés.

Vivre mieux qu'au village

Comme dans tous les Etats musulmans, ce vendredi 16 mars 2007 est un jour de repos. Dans les cours, des bambins jouent. A travers des lézardes, on aperçoit des femmes au torse nu et aux seins tombants couchés sur des nattes (ou des morceaux de pagne) à même le sol. En groupes, la majorité des mâles se promènent de cases en cases pour discuter autour d'un pot. La boisson la plus consommée est une bière fabriquée localement à base de céréales. Elle est servie dans des seaux de trois litres. Les buveurs s'agglutinent autour et se servent d'un petit gobelet en calebasse utilisé à tour de rôle.

Derrière les cases, ânes, moutons, poules, et autres animaux domestiques crient famine au passage. Au loin, un petit marché retient l'attention. On y vend des patates rouges, de la tomate, de la viande de boeuf et de mouton En plus, on y trouve de petits articles manufacturés d'utilisation courante. Le marché se referme sur un garage où une sixaine d'individus s'activent à remettre en état de fonctionnement acceptable des vélos, motocyclettes et porte-tout.

A Otach comme à Sereif, les déplacés tiennent à rappeler qu'ils sont bien traités dans les camps. "Tout est gratuit ici : la nourriture, l'école, les soins de santé, etc. En tout cas, le niveau de vie est supérieur à ce que nous vivions dans nos villages, même en temps de paix ", affirme en effet Ahmed Mahamat Moussa, pensionnaire du camp Sereif à plus de 7 km de Nyala. Ayant arrêté ses études au cours moyen deuxième année faute de moyens pour aller au collège, ce jeune de trente ans venu du village Yassin (80 km de Nyala) avec sa femme et ses trois enfants, a enfin eu l'occasion de poursuivre son instruction. Il est en classe de 3e et compte aller aussi loin que les humanitaires lui donneront la possibilité.

Outre l'éducation, l'accès à l'eau potable - grâce aux forages - et l'accès aux soins de santé constituent une aubaine pour les déplacés. "Avant, certains devaient marcher 10 à 20 km dans les campagnes pour retrouver un dispensaire. Maintenant, ils ont des centres de santé tout proche d'eux, avec d'ailleurs un personnel qualifié dans presque tous les camps ", affirme M. Hassan, médecin de l'Organisation non gouvernementale Humedica. Cette structure allemande spécialisée dans la prestation des services de santé dans le cadre de l'aide humanitaire possède de nombreuses cliniques dans les camps de déplacés. Le centre dirigé par Dr. Hassan (au camp Sereif) accouche 5 à 6 femmes chaque semaine. "Les maladies les plus récurrentes ici sont les infections pulmonaires, les maladies de la peau et surtout les maladies sexuellement transmissibles", confie le médecin.

Au-delà de ces services, les camps semblent avoir redonné aux jeunes la joie de vivre à travers différents jeux et divertissements. Alnadji Bachar, un quinquagénaire, brandit avec fierté le titre de vainqueur d'un championnat inter camps arraché de haute lutte par les jeunes d'Otach lors de la fête du mouton (Tabaski) en 2006. En marge de ce tournoi, les jeunes prennent un plaisir à aller se défouler dans les aires de jeu des camps.