Le Tchad annonce un raid de djandjaouids venus du Darfour

Redaction

Reuters, 03 Avril 2007

Soixante-cinq personnes au moins ont péri ce week-end lors d'un raid transfrontalier de "djandjaouids" soudanais venus du Darfour voisin qui ont incendié deux villages de l'est du Tchad, annoncent les autorités à N'Djamena.

A Khartoum, le gouvernement soudanais a nié toute implication dans ces attaques, qui ont incité 8.000 civils à s'enfuir de chez eux.

Selon le gouvernement tchadien, son armée a tué 25 assaillants, dont certains étaient arrivés à dos de cheval et de dromadaire ou à bord de véhicules, qui ont détruit samedi les localités de Tiero et de Marena, dans la région du Wadi-Fira, dans l'est du pays frontalier du Soudan.

"Les autorités militaires tchadiennes ont fait état d'au moins 65 morts dans la seule localité de Tiero", a déclaré à Genève Ron Redmond, porte-parole du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations unies (HCR).

D'après des informations fragmentaires, on dénombrerait aussi quelque 70 blessés, dont la moitié serait dans un état grave.

Le bilan des victimes devrait s'alourdir lorsqu'on connaîtra les pertes enregistrées à Marena.

Le ministre tchadien de la Communication, Hourmadji Moussa Doumgor, a précisé que les assaillants, membres selon lui des milices "djandjaouides" du Soudan accusées de semer la terreur au Darfour avec le soutien du pouvoir central, ont brûlé deux localités.

"JONCHES DE CADAVRES"

"Entre 6.000 et 8.000 personnes sont aujourd'hui dans la nature, privées d'abris et de tout", a-t-il dit, en ajoutant que l'armée gouvernementale avait repoussé les assaillants.

Selon le porte-parole du HCR, le secteur serait jonché de "cadavres le long des pistes".

"Les rescapés interrogés par le HCR ont déclaré que leur village avait été cerné par des hommes à dos de cheval et de dromadaire, avec de nombreux véhicules motorisés dont certains étaient équipés d'armes lourdes", a poursuivi Redmond.

"Les assaillants ont commencé à tirer à l'aveuglette, avant de se lancer à la poursuite des populations en fuite", a-t-il dit.

Ces attaques illustrent le risque de contagion régionale du conflit au Darfour, une province de l'ouest du Soudan grande comme la France où 200.000 personnes ont péri et 2,5 millions de civils ont été déplacés par quatre années de guerre civile et d'exactions à grande échelle.

Le président Idriss Déby, confronté à sa propre insurrection dans l'est du Tchad, accuse fréquemment Khartoum d'envoyer des "djandjaouids" (ou "cavaliers arabes") de l'autre côté de la frontière pour se livrer à des meurtres et à des pillages.

Mais Khartoum a rejeté toute responsabilité dans la dernière flambée de violence. "Je ne suis pas au courant de cet incident", a déclaré à Reuters le porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Khartoum. "Le gouvernement soudanais n'a joué aucun rôle dans tout cela".