L'Onu maintient la pression sur Khartoum au Darfour

Redaction

Reuters, 30 Mars 2007

A l'issue de plusieurs jours de vifs débats, le Conseil des droits de l'homme de l'Onu a adopté vendredi une résolution en demi-teinte sur les violences au Darfour, qui maintient la pression sur le gouvernement de Khartoum sans toutefois reconnaître son implication.

Adoptée à l'unanimité, la résolution exprime la profonde inquiétude du Conseil des droits de l'homme concernant "la gravité des violations des droits de l'homme et du droit humanitaire international au Darfour".

Fruit d'intenses discussions entre Etats européens et africains, le texte charge une équipe d'enquêteurs du Conseil de vérifier si Khartoum se conforme aux recommandations de la communauté internationale. Elle devra présenter ses conclusions au Conseil en juin.

"Cette décision est un succès pour l'Union européenne, c'est un succès pour l'Afrique, c'est un succès pour le Conseil des droits de l'homme et nous espérons beaucoup que ce sera un succès pour la population du Darfour", a déclaré l'ambassadeur d'Allemagne, Michael Steiner, dont le pays assure la présidence tournante de l'Union européenne.

Les violences au Darfour, que Washington considère comme un génocide, terme que rejette catégoriquement Khartoum, ont chassé 2,5 millions d'habitants de chez eux et fait 200.000 morts depuis que les rebelles ont pris les armes en février 2003.

UN TOURNANT

Le Conseil des droits de l'homme avait dépêché en décembre une mission dirigée par la lauréate du prix Nobel de la paix Jody Williams pour mener une enquête indépendante sur les violations des droits de l'homme dans cette région du sud du Soudan grande comme la France.

Elle avait conclu que le gouvernement de Khartoum avait orchestré et participé à des crimes relevant du droit international au Darfour.

Récusant ces conclusions, Khartoum a imputé la poursuite des violences aux mouvements rebelles qui ont refusé de s'associer à un accord de paix conclu l'an dernier.

"C'est la déclaration la plus forte que le Conseil a prononcée à ce jour sur le Darfour et la résolution la plus forte prise par le Conseil pour une situation ne concernant pas le Proche-Orient", a estimé un diplomate occidental.

"Elle évoque des violations, ce qui renvoie à l'Etat soudanais car en droit international, seul un Etat peut commettre des violations", a-t-il expliqué.

Pour les organisations de défense des droits de l'homme, le Darfour constituait un test du bon fonctionnement du Conseil des droits de l'homme, institué l'année dernière pour remplacer une Commission des droits de l'homme discréditée.

Amnesty international a salué la décision du Conseil mais a regretté qu'il n'ait pas dénoncé les agissements du gouvernement soudanais et de ses alliés.

"Cette résolution marque un tournant", estime Amnesty. "Les délégations africaines disent au Soudan 'ça suffit'".