Soudan : la violence au Darfour menace de s’étendre à Khartoum

Redaction

Senactu, 26 Mars 2007

La violence au Darfour menace de s’étendre à la capitale soudanaise, après que le seul groupe rebelle de cette province occidentale en guerre civile à avoir signé la paix avec le gouvernement a averti dimanche qu’il pourrait reprendre les combats contre le pouvoir central.

Le Mouvement de libération du Soudan (SLM) de Minni Minnawi a fait cette annonce après avoir perdu huit de ses hommes dans un accrochage avec la police samedi à Omdurman, ville jumelle de Khartoum.

"L’attaque par la police et les forces de sécurité contre le domicile de nos hommes est une violation du cessez-le-feu consacré par l’accord de paix d’Abuja que nous avons signé avec le gouvernement" en 2006, a affirmé à l’AFP le porte-parole du SLM, Tayyeb Khamis.

"Nous sommes prêts à reprendre la guerre, (y compris à) Khartoum, si le gouvernement veut combattre", a-t-il ajouté.

D’après M. Khamis, les heurts ont éclaté lorsque des membres du SLM ont refusé de livrer aux forces de l’ordre deux partisans du groupe recherchés pour un "problème de circulation" survenu récemment.

Onze personnes ont trouvé la mort dans ces heurts : deux policiers, huit partisans du SLM et une femme, a-t-il précisé.

Pour le leader du mouvement Minni Minnawi, "il y a de la part du gouvernement une volonté délibérée de saboter le processus de paix".

"Ils (des agents du gouvernement) ont provoqué une dispute" pour "justifier l’assaut", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Khartoum.

"Ce qui s’est passé traduit une volonté de passer de l’état de paix à l’état de guerre", a-t-il estimé, exigeant une enquête indépendante.

Cet accrochage est le premier dans la région de Khartoum entre le SLM et les forces gouvernementales, et le plus grave dans le secteur de la capitale depuis les émeutes provoquées par la mort du dirigeant sudiste John Garang, qui avaient fait 45 morts en 2005.

Un témoin a affirmé à l’AFP que la zone où l’accrochage avait eu lieu avait été transformée en "un véritable champ de bataille" pendant plusieurs heures.

"Les rues étaient désertes à l’exception de la police et de ses véhicules blindés. La police patrouillait et tirait à l’arme légère sur des hommes du SLM, qui répondaient de l’intérieur du domicile" attaqué, a-t-il dit.

D’après le SLM et d’autres témoins, aucun autre incident n’a eu lieu dimanche.

Le chef de la police de Khartoum, Mohammed Naguib al-Tayeb, a pour sa part affirmé que les résidents du quartier en question se plaignaient régulièrement de la menace posée par la présence de membres armés du SLM.

Cité par les médias officiels, le ministre de l’Intérieur Zoubeïr Béchir Taha a qualifié les événements de "regrettables", tout en insistant sur le fait qu’ils n’affecteraient pas le processus de paix.

Le ministre s’est entretenu des heurts avec Minni Minawi et a souligné que la paix était "la question la plus importante et devrait donc être maintenue", selon ces médias.

Le SLM de Minni Minnawi est l’un des mouvements ayant lancé début 2003 une rébellion contre Khartoum, réclamant pour la région occidentale du Darfour une répartition équitable du pouvoir et des richesses. Sa faction majoritaire avait cependant signé en mai 2006 un accord de paix avec le gouvernement.

Depuis, le mouvement est présent à Khartoum et y a ouvert un bureau pour maintenir des contacts directs avec le gouvernement central.

L’accord de paix n’a pas été bien accueilli au Darfour. Le mouvement a depuis connu des divisions, plusieurs factions ayant opté pour la poursuite des opérations militaires contre les forces gouvernementales.

Le conflit au Darfour a fait 200.000 victimes et deux millions de déplacés, selon les organisations internationales, des chiffres contestés par le Soudan.