Darfour : l'argent du pétrole est utilisé pour l'armement

Samuele Furfari

Le Figaro Magazine, 17 Mars 2007

Samuele Furfari * est maître de conférences en géopolitique de l'énergie à l'université libre de Bruxelles.

Le Figaro Magazine - Deux cent mille morts au Darfour. Le pétrole soudanais est-il en question ?

Samuele Furfari - Actuellement, le pétrole soudanais (379 000 barils par jour, ndlr) est presque intégralement exploité par des compagnies chinoises. Les autres sont malésiennes et indiennes. 6% de la consommation pétrolière chinoise vient du Soudan. La Chine a besoin du pétrole africain plus que l'Occident. La récente visite du président Hu Jintao sur le continent noir en est l'illustration.

A l'ONU, la Chine bloque systématiquement les mesures prises contre le gouvernement soudanais.

La Chine soutient le gouvernement de Khartoum, qui utilise l'argent du pétrole pour acheter de l'armement. Chinois en profitent. On est confronté à un jeu qui commence à agacer l'ensemble des partenaires occidentaux. (Selon Human Rights Watch, les achats d'armements soudanais à la Chine ont doublé entre 1998 et 2000, ndlr.)

En Afrique, le Soudan est le seul pays producteur dont les compagnies pétrolières occidentales sont absentes.

Le pays est dans un état lamentable. Aucune compagnie occidentale ne s'installe là-bas, même si certaines d'entre elles - Chevron, par exemple - y ont signé des contrats d'exploitation. Une entreprise pétrolière veut gagner de l'argent, mais pas à n'importe quel coût. Elle doit d'abord assurer la sécurité de son personnel. Il y a également les questions d'éthique, contrôlées par des ONG extrêmement puissantes : Human Rights Watch, Greenpeace ou Catholic Release. Aucune compagnie occidentale ne veut risquer de compromettre son image. Mais si la guerre se termine au Soudan, tout le monde y retournera.