Darfour: la GB menace de demander des sanctions contre le Soudan

Afp

Le Monde, 13 Mars 2007

L'ambassadeur britannique à l'ONU, Emyr Jones Parry, a menacé mardi de demander de nouvelles sanctions au Conseil de sécurité contre le Soudan s'il n'honore pas son engagement d'autoriser le déploiement d'une force conjointe ONU-UA de maintien de la paix au Darfour.

"Nous allons mettre le président (soudanais) Omar al-Béchir face à ses engagements", a déclaré M. Jones Parry à la presse.

"Si on ne peut rien attendre de constructif de Khartoum, il faudra recourir au plan B et cela veut dire exercer des pressions (...) c'est-à-dire envisager des sanctions", a-t-il ajouté.

Il a précisé qu'il prévoyait de déposer un projet de résolution contenant de nouvelles sanctions "dans le courant de la semaine prochaine". Des sanctions de portée limitée sont déjà en vigueur contre le Soudan depuis mars 2005.

Le diplomate réagissait à une lettre du président Béchir remise la semaine dernière au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, dans laquelle, selon l'ONU, il "semble remettre en cause" un accord de novembre 2006 sur la mise en place d'une force conjointe ONU-Union Africaine (UA) dans la province sinistrée du Darfour.

Aux termes de cet accord, l'ONU devait déployer environ 2.300 Casques bleus pour préparer dans une phase ultérieure l'envoi d'une force "hybride" ONU-UA dans la province.

Une résolution du Conseil de sécurité prévoit le déploiement progressif d'une force conjointe ONU-UA de 20.000 hommes au Darfour. Ce "programme de soutien actif" est destiné à mettre fin aux violences entre les rebelles et des groupes armés pro-gouvernementaux qui ont fait 200.000 victimes et plus de deux millions de déplacés depuis quatre ans, selon l'ONU. Ces chiffres sont contestés par le Soudan.

Les Etats-Unis s'étaient déjà déclarés mardi "extrêmement troublés" par la lettre du président Béchir, menaçant eux aussi de prendre des mesures plus sévères contre Khartoum.

"Si le gouvernement soudanais continue de manoeuvrer pour retarder l'application de l'accord, les Etats-unis et les autres représentants de la communauté internationale vont devoir penser sérieusement à l'adoption de mesures additionnelles pour régler la crise humanitaire au Darfour", a déclaré le porte-parole adjoint du département d'Etat, Tom Casey.

Il n'a pas donné de précision sur les mesures envisagées mais des responsables américains ont indiqué dans le passé que Washington envisageait des mesures allant de sanctions politiques et financières contre Khartoum à une interdiction de survol du Darfour.

Fin mars 2005, le Conseil de sécurité, dans sa résolution 1591, avait pris des sanctions ciblées - gel des actifs et interdiction de voyager à l'étranger - contre des individus commettant des atrocités, menaçant le processus de paix ou la stabilité au Darfour. Une commission ad hoc du Conseil avait dressé une liste de trois personnes.

La résolution étendait aussi un embargo sur les ventes d'armes au gouvernement soudanais et interdisait à Khartoum les vols militaires offensifs au Darfour.