Les "crimes à grande échelle" continuent au Darfour, selon une mission de l'ONU

Ap

Nouvel Observateur, 12 Mars 2007

Rapport sans détours sur le Darfour d'une mission de l'ONU sur les droits de l'Homme: les "crimes à grande échelle" s'y poursuivent, orchestrés par Khartoum. Et la communauté internationale doit faire plus, ayant l'obligation urgente de protéger les civils dans cette région de l'ouest soudanais en guerre depuis 2003.

"Les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité se poursuivent dans toute la région", note ce rapport de 35 pages, rédigé par une mission dirigée par le prix Nobel de la paix Jody Williams, et rendu public lundi. Le gouvernement soudanais a "manifestement échoué à protéger la population du Darfour contre des crimes internationaux à grande échelle, qu'il a lui-même orchestrés et auxquels il a participé".

"La communauté internationale ne restera pas silencieuse", a déclaré le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier, représentant l'Union européenne au Conseil.

La mission avait été diligentée en urgence en décembre par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, basé à Genève. Jody Williams lui a remis son rapport en concluant, après avoir en vain tenté d'entrer au Soudan pendant 20 jours en février, que Khartoum avait "constamment refusé" de coopérer.

"Le modèle principal est celui d'une violente campagne de lutte contre l'insurrection, lancée par le gouvernement du Soudan en accord avec les milices janjawid et visant essentiellement les civils. Les forces rebelles sont également coupables de manquements graves aux droits de l'Homme et de violations des lois humanitaires", lit-on dans ce rapport.

Le document exhorte donc le Conseil de sécurité de l'ONU à renforcer son action, par des sanctions et poursuites criminelles. Notant les efforts de la communauté internationale, la mission estime cependant qu'ils ont été "inadaptés et inefficaces" et se sont heurtés à la "résistance et l'obstruction": la force de maintien de la paix conjointe ONU-Union africaine, à laquelle Khartoum est opposée, doit être déployée, et le Conseil de sécurité doit apporter son plein soutien à l'action de la Cour pénale internationale.

Le procureur de la CPI basée à La Haye vient en effet d'inculper deux personnes pour les crimes commis au Darfour -un ministre de Khartoum autrefois chargé du Darfour, et un chef janjawid présumé.

"Toutes les résolutions de l'ONU et de l'Union africaine devraient être appliquées dans leur intégralité, y compris celles liées aux interdictions de voyage et aux gels de fonds et ressources économiques pour les auteurs de violations", ajoute le rapport.

Au Darfour, les viols sont monnaie courante et les arrestations arbitraires et détentions par les forces de sécurité gouvernementales se poursuivent. Ces derniers mois, il y a également eu à Khartoum une vague d'arrestations de Darfouriens, le rapport faisant aussi état de témoignages sur des tortures et d'une dégradation croissante de la liberté d'expression. Les rebelles ne sont pas exempts de violences, viols et tortures de civils, dont une bonne part est liée aux affrontements entre mouvements rivaux et à l'augmentation du banditisme dans cette région sans foi ni loi.

Si elle a été dans l'impossibilité d'enquêter sur place au Soudan, la mission Williams a en revanche consulté de nombreuses agences humanitaires travaillant dans la région, ainsi que les responsables de l'Union africaine à Addis Abeba. Au Tchad voisin, elle a rencontré les rebelles locaux et les réfugiés du Darfour vivant dans les camps de l'est, pour des informations de première main sur les souffrances et violences subies par les populations civiles.

Depuis le début des affrontements entre les mouvements rebelles africains et les milices arabes soutenues par Khartoum au Darfour en février 2003, plus de 200.000 personnes ont été tuées et 2,5 millions chassées de chez elles.