L'Onu estime que Khartoum a orchestré des crimes au Darfour

Redaction

Reuters, 12 Mars 2007

Une mission du Conseil des droits de l'homme des Nations unies accuse le gouvernement soudanais d'avoir orchestré et participé, dans la province du Darfour, à des crimes relevant du droit international.

La décision d'envoyer cette mission de six délégués dirigée par la lauréate du prix Nobel de la paix Jody Williams a été prise en décembre, au terme d'un débat animé, par le Conseil des droits de l'homme, pour mener une enquête indépendante sur les violations des droits de l'homme commises dans cette province de l'ouest du Soudan.

"La mission conclut que le gouvernement du Soudan n'a manifestement pas protégé la population du Darfour de crimes à grande échelle au regard du droit international et a lui-même orchestré ces crimes et y a participé", a indiqué la mission dans un rapport de 35 pages.

"La situation se caractérise par des violations grossières et systématiques des droits de l'homme et de graves atteintes au droit humanitaire international", estime la mission.

Elle exhorte le Conseil de sécurité à "prendre de nouvelles mesures d'urgence" pour protéger les populations civiles au Darfour, notamment par le déploiement de forces de maintien de la paix.

Les violences au Darfour, que Washington considère comme un génocide, terme que rejette catégoriquement Khartoum, ont chassé 2,5 millions d'habitants de chez eux et fait 200.000 morts depuis que les rebelles ont pris les armes en février 2003.

Khartoum juge ces chiffres exagérés et accuse les médias occidentaux de gonfler l'importance des événements du Darfour. En outre, le gouvernement soudanais nie toute responsabilité dans les abus commis et les impute aux groupes rebelles qui ont refusé de signer un accord de paix l'année dernière.

Après avoir tout d'abord accepté de coopérer, le gouvernement soudanais a refusé tout visa d'entrée à l'équipe.

La mission s'est de ce fait rendue à la frontière tchadienne avec l'ouest du Soudan et à Addis-Abeba, au siège de l'Union africaine.

La Cour pénale internationale (CPI), qui siège à La Haye, a convoqué d'ores et déjà un membre du gouvernement soudanais et un chef de milice du Darfour pour répondre d'accusations de crimes de guerre. Sa décision représente la première tentative de traduire en justice les responsables d'atrocités - dont des viols en série et des meurtres de civils - commises au Darfour.

Khartoum, qui assure qu'il organisera lui-même des procès, refuse catégoriquement de déférer qui que ce soit devant la CPI.

Le rapport de la mission onusienne représente la dernière enquête en date qui accuse le Soudan de complicité dans les crimes commis au Darfour. Globalement, si des groupes rebelles sont également coupables de graves atteintes, lit-on dans le rapport, "la configuration générale est celle d'une violente offensive contre les insurgés" menée par les forces gouvernementales et leurs alliés des milices arabes djandjaouïd.

Un membre de l'équipe de l'Onu, le diplomate indonésien Makarim Wibisono, s'est retiré de la mission après s'être vu refuser l'accès au Darfour. Son pays, membre influent de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), a dit se dissocier des conclusions du rapport onusien.