Signes d'irrations à l'ONU face aux atermoiements du Soudan sur le Darfour

Redaction

Jeune Afrique, 07 Mars 2007

Plusieurs membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont montré mardi des signes d'exaspération vis-à-vis de Khartoum qui semble peu pressé de répondre à la demande du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon sur le déploiement d'une force de maintien de la paix au Darfour.

"Il y a beaucoup de frustrations parmi les membres du Conseil", a dit Dumisani Kumalo, ambassadeur d'Afrique du Sud à l'ONU, qui préside en mars le Conseil de sécurité.

Un diplomate occidental a indiqué que les membres africains et européens du Conseil étaient particulièrement agacés par ce qu'ils considèrent comme des atermoiements de la part de Khartoum.

L'ambassadeur de France, Jean-Marc de La Sablière a notamment regretté avant une réunion avec l'envoyé spécial de l'ONU au Soudan Jan Eliasson que le président soudanais Omar el-Béchir n'ait toujours pas répondu à une lettre de M. Ban demandant que Khartoum autorise le déploiement d'une force de maintien de la paix ONU-UA au Darfour.

"Je suis déçu que nous n'ayons pas encore reçu de lettre (...) On nous a dit depuis des jours que cette lettre allait arriver", a-t-il dit. "Si elle n'arrive pas, nous devrons examiner quoi faire et il y a quelques membres du Conseil de sécurité qui pensent que nous devrions prendre des mesures", a-t-il ajouté faisant implicitement référence à des sanctions contre le Soudan.

L'ambassadeur soudanais, Abdalmahmood Mohamad a indiqué de son côté que la lettre allait arriver mais qu'elle ne contiendrait "certainement rien de nouveau".

L'ambassadeur britannique Emyr Jones-Parry a également fait part de l'exaspération de plusieurs membres du Conseil qui estiment que Khartoum traîne des pieds. Comme M. de La Sablière, il a menacé Khartoum d'éventuelles sanctions si les autorités soudanaises refusent de répondre rapidement à la lettre de M. Ban.

"La sécurité est essentielle pour les gens (du Darfour). L'accès humanitaire est crucial", a dit le représentant britannique.

Dans une lettre envoyée en janvier, M. Ban a demandé à Khartoum la permission de déployer au plus vite 2.300 Casques bleus pour remplacer ou renforcer la mission africaine (Amis) déployée au Darfour, mal équipée et sous-financée.

En juillet dernier, le Conseil de sécurité a adopté une résolution réclamant le déploiement d'une force conjointe ONU-UA de 20.000 hommes pour mettre fin à la violence au Darfour.

Le mandat de l'Amis se termine officiellement en juin, mais malgré les pressions de la communauté internationale, Khartoum refuse toujours le déploiement de Casques bleus au Darfour pour créer cette force hybride.

M. Kumalo a souligné que d'autres membres du Conseil de sécurité plaidaient pour la patience avec Khartoum afin de "permettre au processus de se poursuivre".

Auparavant, au cours d'une réunion à huis-clos devant le Conseil de sécurité, M. Eliasson a fait le point de ses récentes discussions avec les responsables soudanais.

M. Eliasson et son homologue de l'Union africaine (UA) Salim Ahmed Salim se sont rendus en février au Soudan pour rencontrer le président soudanais Omar el-Béchir et des chefs de la rébellion au Darfour.

M. Eliasson a dit au cours d'un point de presse que le gouvernement et les rebelles soudanais étaient d'accord pour reconnaître "qu'il n'existe pas de solution militaire" au Darfour.

Le gouvernement soudanais a signé en mai un accord de paix avec un des groupes rebelles. Mais plusieurs factions ont refusé de signer ce texte et sur le terrain, selon des associations humanitaires, le conflit s'est plutôt envenimé depuis mai.

Le Darfour est en guerre civile depuis près de quatre ans, un conflit qui a fait 200.000 victimes et plus de 2 millions de déplacés, selon l'ONU, des chiffres contestés par le Soudan.