Sudan: Darfour, la tragédie continue

Mohamed Khaled Drareni

All Africa, 05 Mars 2007

La sollicitude internationale ne parvient toujours pas à y ramener la paix

La communauté internationale devrait avoir honte d'elle-même. Au lieu de s'impliquer davantage dans le règlement du conflit sanglant qui déchire le Darfour depuis près de quatre ans, elle s'ingénie à vilipender la Corée du Nord, à scruter l'Iran et à soutenir Israël.


Jamais l'Afrique n'avait vécu une telle tragédie humanitaire depuis très longtemps. Située dans l'ouest du Soudan, la province du Darfour, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ne s'est toujours pas réveillée du cauchemar qu'elle vit depuis l'hiver 2003.

En dépit de la présence sur place de sept mille militaires de l'Union africaine, les exactions continuent à y être perpétrées, et le gouvernement soudanais poursuit lui aussi sa politique, pourtant dénoncée de par le monde. Même les soutiens arabe et africain à Khartoum semblent perdre leur crédibilité. Au moment où la Ligue arabe et l'Union africaine affichent devant les caméras leur appui au président Omar Hassan El Bachir, les diplomates de ces deux organisations ne cessent d'exercer des pressions pour que les autorités soudanaises acceptent le déploiement d'une force internationale sur place.

Une force dont la présence non encore obtenue continue à irriter le Soudan au plus haut point.

Hier encore, l'Union africaine a vivement dénoncé une attaque dont ont été victimes des membres de sa mission au Darfour. «Si ce genre d'attaques continue, on risque d'être paralysés», a déclaré hier, Noureddine Mezni, porte-parole de la mission africaine.

Mais ce nouveau cri de détresse se veut surtout comme une réponse aux harcèlements qui se multiplient à l'encontre des observateurs et soldats étrangers se trouvant dans la province occidentale du Soudan.

Sentant l'étau se resserrer autour de lui, Khartoum n'a plus que ces méthodes pour faire entendre sa voix. Même s'il condamne du bout des lèvres ces agissements, il continue pourtant à refuser une intervention internationale au Darfour.

Même les Etats-Unis peinent encore à faire fructifier leur influence légendaire sur le continent et dans le monde.

En foulant vendredi dernier le sol soudanais, Andrew Natsios, le délégué spécial américain au Darfour, devrait une nouvelle fois tenter de convaincre ses interlocuteurs soudanais de la nécessité d'un déploiement étranger dans la province meurtrie.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le Darfour n'a toujours pas renoué avec la stabilité et la paix. Les derniers mois ont vu le nombre de tués augmenter de manière fulgurante. Une centaine entre décembre et février, selon les Nations unies.

Même si les exactions ne sont plus commises à grande échelle comme durant les années 2004 et 2005, le sort de millions de réfugiés continue à susciter la préoccupation. A cela vient évidemment s'ajouter la situation humanitaire dramatique elle aussi. Car en plus d'être des assassins, les Djanjawid poursuivent leur politique d'entrave à l'égard des missions de la Croix-Rouge ou des collectifs de médecins venus spécialement pour aider la population de la province.

Deux ans et demi après le cessez-le-feu décrété, on meurt encore au Darfour.

Région martyrisée à outrance, elle devra attendre un véritable sursaut international. Ce dernier viendra sans doute, mais en attendant, le sang continuera à se mêler à l'or noir enfoui dans le fin fond du désert.