Au Darfour, les rebelles prêts à l'union contre Khartoum

Redaction

Ap, 28 Février 2007

ongtemps divisés par des clivages tribaux et régionaux, les rebelles du Darfour se disent désormais déterminés à constituer un front uni dans leur lutte pour l'indépendance de cette région de l'ouest soudanais, ravagée par la guerre.

Vêtus de robes blanches ou d'uniformes hétéroclites, les chefs de l'Armée de libération du Soudan (ALS), l'un des principaux mouvements rebelles, se sont réunis à Wadi Anka, dans le nord de la vaste région, afin de s'entendre sur un commandement central des forces insurgées.

Après avoir combattu l'armée du régime de Khartoum et les milices arabes en ordre dispersé, ils se montrent aujourd'hui résolus à unir leurs forces. "Nous avons déjà essayé, mais c'est la première fois que nous le voulons vraiment sérieusement", explique Saleh Adam Itzahk, un chef rebelle du Jebel Midob, les montagnes du nord-est, présent à Wadi Anka pour ce sommet. "Cette guerre s'éternise à cause de notre désunion. Et à cause d'elle, on nous a trop souvent privés de nos droits".

Un journaliste de l'Associated Press a pu assister à ce sommet clandestin dans cette localité désolée et aride du Darfour. Des dizaines de camionnettes remplies d'hommes armés patrouillaient la zone, où arrivaient les uns après les autres les commandants de terrain, entourés de gardes du corps armés de mitraillettes.

Mohammed Ibrahim, commandant séparatiste, lance des ordres dans son téléphone satellite, organisant la riposte après une incursion le matin même de miliciens pro-gouvernementaux dans son secteur de Jebbel Moon (ouest). En décembre, un raid similaire avait causé la mort de 53 villageois, dont 27 enfants, selon un rapport de l'ONU.

"La communauté internationale doit enfin reconnaître que nous représentons la grande majorité du Darfour", explique Jar al-Naby, porte-parole de l'ALS et commandant sur le terrain.

Lors de son voyage de plusieurs jours en territoire rebelle pour rejoindre le lieu de la rencontre, le reporter de l'AP a observé peu de signes de la présence du gouvernement de Khartoum. Et il n'a vu aucune trace des milices Janjawids, alliées du pouvoir central, qui sèment la mort et la destruction dans les villages abritant les populations noires de la province.

"A l'exception des raids des Janjawids, nous n'avons pas vu de gouvernement depuis des années", déclare Attaieb Abdallah, chef de la police pour l'ALS à Karo dans un village de cette zone où domine l'ethnie zaghawa, fer de lance de la rébellion. Montrant des cratères creusés par un récent bombardement de l'armée, il ajoute "c'est sa seule présence".

Les rebelles se sont réunis malgré les efforts de Khartoum pour empêcher la rencontre organisée cette semaine à Wadi Anka, dont l'objectif principal est d'éviter une réédition de l'accord de paix sur le Darfour signé en mai 2006 par le Soudan et un seul chef rebelle. La plupart des rebelles et populations du Darfour l'ont rejeté, estimant qu'il n'offrait aucune garantie que Khartoum ferait cesser les atrocités commises par les Janjawids.

Plus de 200.000 personnes ont péri au Darfour depuis 2003 et l'apparition de rebelles issus des ethnies noires, qui ont pris les armes contre le pouvoir central dominé par les Arabes et accusé de discrimination et négligence à leur encontre. Quelque 2,5 millions de personnes ont été déplacées, selon l'ONU. Elles vivent désormais dans des camps de réfugiés, campements de fortune ou villages au Soudan, au Tchad et en République centrafricaine.

Malgré les efforts des Nations unies, le chaos et la violence se sont aggravés dans certaines régions du Darfour ces derniers mois en raison d'une nouvelle vague d'attaques contre les rebelles et les civils.

Les organisations humanitaires accusent les rebelles d'être en partie responsables des combats actuels et affirment qu'ils détournent des véhicules d'ONG. Durant leur réunion, les commandants insurgés ont démenti, rejetant la responsabilité de ces attaques sur des bandits et les Janjawids.

Les chefs de l'ALS disent vouloir obtenir une nouvelle série de pourparlers avec Khartoum. Et menace de lancer une campagne massive contre les villes du Darfour contrôlées par les autorités et d'autres cibles, si le régime refuse de négocier. "Le temps est de notre côté", assure Jar al-Naby.