Les premiers visages des crimes au Darfour

Armelle Le Goff

20 Minutes, 28 Février 2007

Deux premiers accusés. Et pas des moindres. Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), a présenté hier aux juges de La Haye des preuves contre un secrétaire d'Etat soudanais et un chef de la milice djandjawid. Ahmed Haroun, ancien secrétaire d'Etat à l'Intérieur aujourd'hui aux Affaires humanitaires, et Ali Kosheib, sont accusés de « 51 chefs de crimes contre l'humanité et crimes de guerre présumés (...), dont persécution, meurtre, torture et viol », entre août 2003 et mars 2004 au Darfour. Cette annonce, qui intervient quatre ans après le début des massacres, a été saluée hier par Nicholas Grono, le directeur de l'organisation International Crisis Group, comme « un développement très important du conflit même si, pour nous, l'ensemble du gouvernement de Khartoum est complice des crimes perpétrés au Darfour ». Selon l'ONU, le conflit aurait déjà fait 200 000 morts et plus de 2 millions de déplacés. C'est maintenant à la CPI, le premier tribunal permanent chargé de juger les génocides, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, d'examiner les preuves avancées par le procureur. Si les juges les estiment suffisantes, ils pourront réclamer les accusés au Soudan, ou lancer des mandats d'arrêts. Hier, Khartoum a affirmé que la CPI n'avait « aucune compétence » à juger des actes commis par des Soudanais. Mais comme le souligne Grono, « c'est un signal fort qui leur est envoyé. Ils ne pourront pas continuer à couvrir indéfiniment les atrocités commises ».