Conflit au Darfour: la CPI accuse un ministre soudanais et un chef milicien

Afp

20 Minutes, 27 Février 2007

Un secrétaire d'Etat soudanais et un chef de la milice djandjawid ont été les premiers accusés de crimes au Darfour nommés devant la Cour pénale internationale (CPI) mardi, quatre ans presque jour pour jour après le début du conflit qui a fait plus de 200.000 morts selon l'ONU.

Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo a annoncé lors d'une conférence de presse avoir présenté aux juges des "preuves (montrant) que Ahmed Haroun, ancien secrétaire d'Etat à l'Intérieur du Soudan et Ali Kosheib (nom de guerre de Ali Mohamed Ali, un des chefs de la milice pro-gouvernementale des djandjawids) ont commis de concert des crimes contre la population civile au Darfour".

Le procureur les accuse de "51 chefs de crimes contre l'humanité et crimes de guerre présumés (...), dont persécution, meurtre, torture et viol", commis entre août 2003 et mars 2004 contre des villageois de l'ouest de la région soudanaise du Darfour.

Ahmed Haroun, aujourd'hui secrétaire d'Etat aux Affaires humanitaires, était en charge du dossier Darfour à l'Intérieur. Quant à Ali Kosheib, il est considéré par les organisations de défense des droits de l'Homme, notamment Human Rights Watch (HWR), comme un des principaux responsables des attaques lancées par les milices en 2003-2004. Il a été arrêté au Soudan en novembre.

M. Moreno-Ocampo a refusé de dire si son enquête viserait de plus hauts responsables mais assuré qu'elle continuait.

Les juges de ce premier tribunal permanent chargé de juger le génocide, crime de guerre et crime contre l'humanité, basé à La Haye, doivent maintenant examiner ces "preuves".

Ils décideront ensuite, s'ils les estiment suffisantes, de réclamer les accusés au Soudan, qui n'est pas un Etat partie de la CPI, ou de lancer des mandats d'arrêts internationaux contre eux.

Le Soudan a immédiatement rejeté une nouvelle fois la légitimité de la CPI. "La justice soudanaise est capable et jugera ceux qui ont commis des crimes au Darfour", a déclaré le ministre de la Justice Mohammed Ali al-Mardi.

Dans sa requête, M. Moreno-Ocampo accuse Ahmed Haroun d'avoir armé et financé les miliciens, "sachant qu'ils combattaient aux côtés des forces gouvernementales" et qu'ils attaquaient "les populations civiles et commettaient des crimes". Il aurait déclaré avoir "le pouvoir et l'autorité de tuer et de pardonner", écrit le procureur.

Ali Kosheib commandait "des dizaines de milliers de miliciens" qui ont commis "des meurtres de masse, des exécutions et des viols de civils", selon le parquet.

"Le procureur de la CPI envoie un signal à Khartoum et aux chefs de la milice des djandjawids : in fine, ils ne pourront se laver les mains des atrocités épouvantables", a commenté Richard Dicker, directeur du programme Justice internationale de HRW.

Luis Moreno Ocampo, qui enquête depuis juin 2006 sur des accusations de persécutions, tortures, viols et meurtres, avait déclaré à l'ONU qu'il estimait avoir des preuves suffisantes de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Son travail porte sur la période 2003 et 2004, considérée comme la plus violente dans cette province soudanaise en proie à la guerre civile depuis quatre ans.

"Mon bureau ne peut pas enquêter sur les centaines de crimes et poursuivre tous les auteurs de ces crimes", avait-t-il dit en décembre. "Je me suis donc concentré sur les faits les plus graves et sur les personnes ayant le plus de responsabilités dans ces faits".

Son équipe a effectué plus de 70 missions dans 17 pays, a étudié les cas de centaines de victimes potentielles et a réalisé une centaine d'entretiens avec des témoins, avait-t-il précisé.

M. Moreno Ocampo avait été critiqué par des ONG et par le Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme Louise Arbour notamment parce que ses enquêteurs ne se sont pas rendus au Darfour même, invoquant des problèmes de sécurité.

La CPI peut agir si une juridiction nationale ne peut ou ne veut pas le faire. C'est le Conseil de sécurité de l'ONU qui lui a demandé d'enquêter sur le Darfour.

Selon l'ONU, quelque 200.000 personnes ont péri de la guerre et de ses conséquences et plus de 2 millions ont été déplacées, des chiffres jugés exagérés par le Soudan.