Le CICR très inquiet sur la situation au Darfour

Redaction

Suisse Info, 22 Février 2007

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) se dit très préoccupé par la précarité des conditions de sécurité au Darfour. L'accès aux victimes du conflit est de plus en plus difficile.

De retour à Genève après une mission de cinq jours, son président Jakob Kellenberger a affirmé que le fossé entre les besoins humanitaires et les possibilités d'intervenir s'élargit.


Durant son voyage au Soudan, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a exhorté toutes les parties à respecter le droit international humanitaire pour améliorer les conditions de sécurité.

De retour à Genève, Jakob Kellenberger estime «la tendance est très préoccupante. Le nombre d'incidents de sécurité que nous avons subis en 2006 a beaucoup augmenté par rapport à 2005».

Il dénonce l'accroissement du banditisme et de la criminalité qui entrave l'aide à 2,5 millions de déplacés. Selon lui, l'accès est particulièrement difficile dans le nord du Darfour, la région de Kutum, le Djebel Marra, la région de Gereira et la frontière tchadienne.


Des délégués visés

Le CICR a été visé plusieurs fois, rappelle-t-il. Le 30 août dernier, un de ses employés soudanais avait été tué dans le secteur du Djebel Marra. Plus récemment, la sous-délégation de Kutum a été attaquée et deux délégués ont échappé de peu aux tirs. Le 7 février, un nouvel incident a eu lieu à l'ouest d'El Fasher.

Jakob Kellenberger met en cause la chaîne de commandement au sein des groupes armés. Les garanties données par les commandants locaux ne sont pas observées par leurs troupes, relève-t-il.

Au moins 20 groupes armés différents sont actifs désormais au Darfour.


Le camp de Gereida

Le CICR reste toutefois l'organisation qui a le meilleur accès dans l'ensemble du Darfour.

Elle va ainsi augmenter son aide de 30 millions de francs supplémentaires pour s'occuper des besoins de 120'000 déplacés, dont 18'500 enfants de moins de cinq ans, dans le camp de Gereida.

Les employés des ONG qui s'occupaient jusqu'ici du camp ont été contraints de quitter les lieux.


Un changement de stratégie

En principe, le CICR a décidé depuis 2004 de se concentrer sur l'aide aux zones rurales et de laisser aux agences de l'ONU et aux ONG les camps de déplacés.

L'organisation a dû revoir sa stratégie, indique Jakob Kellenberger, pour s'occuper seule de ce camp et y distribuer de la nourriture, de l'eau, des médicaments.

«Ces gens ne peuvent pas rentrer chez eux. Leurs villages sont brûlés et ils ne peuvent pas se déplacer en raison de l'insécurité. Nous n'avions pas d'autre solution que de reprendre la responsabilité de ce camp», explique Jakob Kellenberger.