Darfour : ACF réduit sa présence mais reste au Darfour

Redaction

Acf, 26 Février 2007

Face à la recrudescence des violences contre les personnels humanitaires, l'association est contrainte de réduire sa présence au Darfour mais a décidé de maintenir ses programmes « vitaux » dans les zones où les indicateurs de sécurité le permettent encore : les villes et les camps de déplacés.

Action contre la Faim ne retourne pas à Gereida

Deux mois après l'attaque de plusieurs ONG à Gereida, ACF a décidé, contrainte et forcée par l'absence de garanties de sécurité, qu'elle ne retournerait pas sur ce camp où elle assurait des distributions alimentaires pour 130 000 réfugiés. Ces distributions seront assurées par un autre opérateur.

Dangers et absence de visibilité dans les zones rurales : les programmes suspendus

Parallèlement, les programmes d'Action contre la Faim dans les zones rurales au Nord et au Sud Darfour ont du être progressivement suspendus depuis le mois de décembre. En cause d'abord, les attaques multiples et répétées contre les acteurs humanitaires, notamment pour s'approprier les véhicules. En cause également l'apparition depuis des mois de nombreux et nouveaux groupes rebelles. Ces groupes ou factions sont extrêmement mouvants et ne possèdent pas de réelles chaînes de commandement identifiables. Il est donc très difficile d'avoir des interlocuteurs crédibles quand il s'agit de négocier un accès, d'obtenir des garanties de sécurité. C'est un flou généralisé qui règne en ce moment au Darfour quant à l'identité d'une partie des protagonistes de la violence armée.

Dans ces conditions, Action contre la Faim est également contraint de stopper -et ce jusqu'à nouvel ordre- ses activités en zones rurales. Il s'agissait de distributions alimentaires, de programmes d'accès à l'eau potable et de distributions de semences dans certaines zones au sud et sud ouest d'El Fasher (nord Darfour), au sud et sud est de Nyala (Nord Darfour).

Maintien des programmes dits « vitaux »

Action contre la Faim a tout de même décidé de maintenir ses programmes nutritionnels et psychosociaux dans les villes et les camps. Les centres nutritionnels de l'association accueillent chaque mois des dizaines d'enfants sévèrement malnutris, avec un ou plusieurs parents. Ces centres sont dans le camp de déplacés d'Abu Shok, dans la ville de Nyala ainsi que dans le camp de Kalma. Au delà du traitement de la malnutrition sévère, l'association a mis en place des programmes de suivi psychologique des mères et des enfants, souvent choqués et traumatisés par les violences subies.

La volonté d'aider « à distance »

Dans certaines zones rurales, les équipes d'Action contre la Faim avaient développé leurs programmes avec une forte implication des communautés aidées. Ainsi sur le camp de déplacés de Shangil Tobay (sud d'El Fasher), en zone rurale, l'association maintient ses distributions alimentaires grâce au travail de son personnel soudanais, originaire de la zone.

L'association va donc essayer - là où c'est possible et où un tel travail a été amorcé - de reprendre certains programmes en zone rurale, sans exposer les personnels de l'organisation à d'éventuelles attaques.

Situation humanitaire des populations : le pire est à craindre

Une grande partie des organisations humanitaires présentes au Darfour se trouve dans la même situation qu'Action contre la Faim, voyant leur accès aux populations les plus vulnérables remis en cause par les risques constants d'attaques.

Ainsi la part des zones du Darfour qui demeure accessible aux humanitaires diminue de mois en mois. Si la situation humanitaire a été « tenue à bout de bras » par la communauté humanitaire depuis le début du conflit, cette dernière n'est plus en mesure aujourd'hui d'assurer totalement son rôle. Il est à craindre que la situation humanitaire en zone rurale ne se dégrade et qu'on assiste à de nouveaux déplacements de populations dans les semaines ou mois à venir.