Kadhafi se voit en pacificateur du Darfour

Par Thomas Hofnung

Liberation, 22 Février 2007

Les deux frères ennemis du conflit au Darfour, une vaste région de l'ouest du Soudan en proie à une sanglante guerre civile depuis quatre ans, ne se quittent plus. Après le sommet Afrique-France à Cannes, il y a une semaine, le président soudanais Omar el-Béchir et son homologue tchadien Idriss Déby devaient se retrouver hier à Tripoli autour du colonel Kadhafi, très actif sur ce dossier.

Pétrole. Né au Darfour, le conflit, qui oppose les groupes arabes, soutenus par Khartoum, aux populations africaines, déborde de plus en plus sur l'est du Tchad, lié à la France par un accord de coopération militaire. Au moins 200 000 personnes auraient été tuées depuis le début des violences, en février 2003, dans une région grande comme la France.
Assurant que les Africains sont capables de régler eux-mêmes leurs conflits, le «guide de la révolution» libyen a convoqué à Tripoli tous les protagonistes de la guerre civile. Notamment les mouvements rebelles qui avaient refusé de signer l'accord signé à Abuja (Nigeria), en mai 2006, sous la pression de la diplomatie américaine, mais resté lettre morte. Réussira-t-il là où les Occidentaux et l'ONU ont, pour l'instant, échoué ?

La réunion de Tripoli intervient alors que Khartoum, soutenu par la Chine, très impliqué dans l'exploitation du pétrole soudanais, durcit ses positions. Au Darfour, l'action des ONG est entravée depuis plusieurs semaines par une insécurité croissante. Mardi, l'Union africaine (UA) s'est inquiétée de la concentration au nord d'El-Geneina (Darfour-Ouest) de janjawids, des miliciens arabes à la solde de Khartoum, accusés des pires exactions contre les civils. Par ailleurs, le président Béchir refuse toujours le déploiement d'une force ONU-UA au Darfour, comme il l'a répété à Cannes la semaine dernière. Revenant sur son accord initial, il a également interdit la visite au Soudan d'une mission du Conseil des droits de l'homme des Nations unies (lire encadré).
Surprise. Sur les bords de la Méditerranée, les présidents Béchir et Déby, flanqués de François Bozizé, le chef de l'Etat centrafricain, une «victime collatérale» du conflit, ont signé une vague déclaration réitérant leur engagement à ne pas soutenir les mouvements rebelles qui opèrent à partir de leurs territoires respectifs. Mais, d'après une source bien informée, le mini sommet organisé sur la Croisette «s'est mal passé». Pour mettre Béchir face à ses responsabilités, Idriss Déby lui avait réservé une surprise : il avait emmené avec lui un ancien chef rebelle, récemment rentré dans le rang, Mahamat Nour. «Déby est venu avec une preuve vivante du soutien de Khartoum aux rebelles tchadiens», note-t-on à Paris. Depuis, des éléments armés opérant depuis le Soudan ont attaqué et occupé brièvement le village natal de Déby, Fada, à 900 km de la capitale.