Tchad et Soudan sur la voie de la normalisation au Darfour

Reuters

L'express, 22 Février 2007

Le président soudanais Omar Hassan al Bachir et son homologue tchadien Idriss Déby sont convenus mercredi en Libye de redoubler d'efforts dans la mise en oeuvre d'un accord conclu l'an dernier pour mettre un terme aux violences qui font rage au Darfour et le long de leur frontière commune.

Le sommet de Tripoli, qui visait par ailleurs à rallier la coalition rebelle du Front de rédemption national (NRF) à l'accord de paix conclu en mai 2006 par Khartoum et une faction de l'ancien Mouvement de libération du Soudan (MLS), n'a en revanche rien apporté sur ce volet.

Le conflit du Darfour, qui a fait 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis février 2003, a débordé au Tchad voisin, aggravant les tensions entre les deux pays et provoquant un afflux de réfugiés.

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a fait pression sur le Tchad et le Soudan pour qu'ils surmontent leurs divergences dans le cadre des efforts internationaux menés pour un retour à la paix dans cette région de l'ouest du Soudan.

A son arrivée à Tripoli, Bachir avait indiqué qu'il devait rencontrer des représentants de la guérilla, mais les délégations n'ont rien évoqué d'autre que l'accord entre Khartoum et N'Djamena, troisième du genre en un an.

"Nous ouvrons un nouveau chapitre des relations entre le Tchad et le Soudan avec une volonté politique de part et d'autre", s'est félicité Bachir à l'issue de ce sommet à quatre, en présence du président érythréen Isaias Afewerki. "Nous approchons de la paix dans la région du Darfour", a-t-il insisté.

"PAGE VIERGE"

"Ce qui est sorti de cette réunion, c'est la normalisation des relations entre le Soudan et le Tchad, la consolidation de la mise en oeuvre du précédent accord de Tripoli et le retour à une vie normale pour les deux pays", a quant à lui expliqué Majzoub al Khalifa, conseiller de Bachir, ajoutant qu'un "mécanisme d'observation" serait mis en place pour veiller à l'arrêt de la contrebande d'armes.

En février 2006, dans le cadre de l'accord de Tripoli, Bachir et Déby s'étaient engagés à mettre un terme à la crise en empêchant les rebelles des deux pays de prendre position sur leurs territoires respectifs et à renoncer à toute forme de propagande l'un envers l'autre.

En novembre, les deux chefs d'Etat sont convenus de redoubler d'efforts pour normaliser leurs relations. Or N'Djamena continue d'accuser le Soudan de soutenir les raids transfrontaliers menés par les milices djandjaouides et d'armer la guérilla tchadienne, ce que Khartoum dément.

"Nous regrettons toutes les violations auxquelles nous avons assistées et nous espérons ouvrir véritablement une nouvelle page vierge. J'espère que nos frères du Darfour parviendront à un règlement pacifique de la grave crise humanitaire", a déclaré Déby.

Kadhafi a pour sa part invité ses "frères du Darfour à déposer les armes, parce que prendre les armes au Soudan, au Tchad et entre les deux est inacceptable".

Le cycle des violences au Darfour n'a été enrayée que par une gigantesque opération humanitaire que ses responsables jugent de plus en plus menacée. Washington parle de génocide, terme que les gouvernements européens hésitent à employer et que Khartoum rejette.

Les divisions entre factions rebelles font obstacle à un accord de paix crédible avec le gouvernement soudanais.

Bachir s'est par ailleurs opposé jusqu'ici au déploiement de casques bleus pour épauler les 7.000 soldats de l'Union africaine déployés dans la région.